GAILLY, Christian/ Lily et Braine

Les Editions de Minuit, 2010

 Braine va rentrer. Elle l’attend avec l’enfant et le chien. Braine rentre de la guerre, commotionné gravement. Après un long séjour dans un hôpital, il rentre enfin. Il peut de nouveau dire et écrire son nom mais reste silencieux… Il dort pendant huit jours… il est tellement fatigué. Lily s’occupe de lui comme un enfant, elle l’aime et voudrait que tout soit comme avant… L’amour semble revenir dans l’esprit de Braine. Il reprend le travail dans l’usine de son beau-père mais bientôt demande à s’occuper uniquement de la dépanneuse, sur les routes tout le jour… Lily est de nouveau enceinte… Une jeune femme en jaune tombe en panne, Braine va la dépanner et cela devrait s’arrêter là mais elle le reconnaît et n’a de cesse qu’il reprenne son instrument de musique et retrouve son groupe de musiciens, car il était musicien de jazz… « C’est mieux que de dépanner des voitures non ? Et je vous paierai très bien ». Phrases courtes ou très longues dans un style cinématographique sur fond de musique de jazz, l’auteur réussit un tour de force avec une histoire qui nous dit toute la détresse, la souffrance et la violence d’un être qui a vu l’inimaginable.

 

La Beauté des jours

Actes Sud, 2017

Jeanne mène une vie rythmée par la douceur de l’habitude. Elle était jeune quand elle a épousé Rémy, ils ont eu des jumelles, sont heureux ensemble et font des projets raisonnables. Mais Jeanne aime aussi le hasard, les surprises de l’inattendu. L’année du bac, un professeur lui avait fait découvrir l’artiste serbe Marina Abramović. Fascinée par cette femme qui engage son existence dans son travail, Jeanne a toujours gardé une photographie de sa célèbre performance de Naples : comme un porte-bonheur, la promesse qu’il est possible de risquer une part de soi pour vivre autrement. Quand Jeanne s’amuse à suivre tel ou tel inconnu dans la rue ou quand elle calcule le nombre de bougies soufflées depuis son premier anniversaire, c’est à cet esprit audacieux qu’elle pense. Surtout cet été-là. Peut-être parce que, les filles étant parties, la maison paraît vide ? Ou parce que sa meilleure amie, qui s’est fait plaquer, lui rappelle que rien ne dure ? Ou parce qu’elle recroise un homme qu’elle a aimé, adolescente ? Jeanne se révèle plus que jamais songeuse et fantasque, prête à laisser les courants d’air bousculer la quiétude des jours.

À travers la figure lumineuse de Jeanne et la constellation de personnages qui l’accompagnent et la poussent vers un accomplissement serein, Claudie Gallay compose un roman chaleureux et tendre sur la force libératrice de l’art, sur son pouvoir apaisant et révélateur. Et sur la beauté de l’imprévisible.

J’ai beaucoup aimé l’histoire de Jeanne. Jeanne a une vie banale : employée de poste, mariée à Rémy depuis fort longtemps, mère de jumelles. Mais Jeanne est toujours dans le doute, se pose mille questions face à sa vie, pourquoi devoir faire des choix ? Ce qu’elle adore ? Regarder depuis son jardin le train de 18h01, elle aperçoit les mêmes gens – pas forcément dans le même wagon - et leur invente des vies… Il y a aussi Marina Abramović qu’elle a découverte grâce à un professeur de lycée. Abramović qui parfois joue sa vie, c’est une performeuse, celle-ci la fascine. Elle lui écrit des lettres (qu’elle n’envoie jamais, mais qu’importe !) pour lui exprimer toute l’admiration qu’elle a pour son art. Et puis il y a Martin, qui ressurgit de son passé, son amour d’adolescente. Claudie Gallay dans son roman nous distille délicatement les petites vies de Jeanne, entre simplicité, intimité, rêverie et magie.

 

GALLAY, Claudie/ Les Déferlantes

La Brune, 2008

La Hague, Pointe du Cotentin, terre de bout du monde à la merci des éléments. Des personnages denses et hauts en couleur. Dès la première phrase le ton est donné « La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large ». La narratrice, ornithologue, nous dévoile au fur et à mesure - savamment distillés – les caractères, les secrets de cette poignée de femmes et d’hommes : ceux qui sont nés sur cette terre tourmentée et ceux qui sont venus pour chercher une réponse à leurs questions ou pour l’apaisement, l’oubli. Un très beau roman qui nous transporte dans les méandres de l’âme humaine.

Ce livre a obtenu le Prix de la ville de Caen.

Les Années cerises

Actes Sud, 2011 (Babel)

 

Au village et à l’école on l’appelle l’Anéanti parce qu’il habite une maison au bord de la falaise et que celle-ci menace de tomber dans la mer. Sa mère, une déprimée chronique n’a pas l’amour facile mais donne facilement des taloches. Son père il ne le voit pas beaucoup, il travaille. Petit garçon de 12 ans, hypersensible, n’a pas la vie facile, à l’école c’est zéro pointé, alors des fois on voudrait être mort et on fait de la balançoire accrochée au cerisier planté au bord du gouffre. Mais heureusement, il y a les grands-parents qui apportent de la douceur et de l’amour. Belle écriture que celle de Claudie Gallay, toute en sensibilité et tendresse pour ses personnages.

 

GARY, Romain (Ajar, Emile)/ Gros-câlin

Gallimard, 1998 (Folio)
1ère éd. 1974

Les premiers mots sont essentiels : "Je vais entrer ici dans le vif du sujet sans autre forme de procès…" Monsieur Cousin a des romantiques visées sur une certaine Mademoiselle Dreyfus, collègue de bureau. À défaut de trouver l’amour chez les humains, un modeste employé tombe en amour avec son python. Monologue sous forme de fable tragicomique sur la solitude, Gros-Câlin est le premier livre que Romain Gary écrit sous le nom d’Emile Ajar.

GANCEL, Charles/ Scène de plage

Buchet-Chastel, 2012

Fonctionnaire, célibataire, érotomane, maniaque et gringalet, il passe ses vacances en Corse et embarque à bord de la vedette Popeye qui emmène les touristes sur une plage paradisiaque. Pendant le trajet il remarque une jeune fille accompagnée de ses parents. Le Tee-shirt trop court, la moue boudeuse de la jeune fille enfièvre les sens de notre homme. À peine débarqué sur la plage, il va tout faire pour appâter la donzelle… Mais… Car il y a un « mais », la chute sera brutale. Ce court roman est déjanté comme son personnage, on se prend à sourire et à rire… À lire… À la plage évidemment !

 

GAUDE, Laurent /Cris

Actes sud, 2004 (Babel)

 Premier roman (2001) de Laurent Gaudé, ce « Cris » est un chant choral. Guerre de 14-18, dans les tranchées, des hommes tentent de survivre, qu’ils s’appellent Boris, Marius, Ripoll…  Dans la tête de ces hommes, se poursuit un long monologue qui nous est donné à entendre. Ce n’est pas un roman historique à proprement parlé, car Laurent Gaudé se préoccupe avant tout de l’humain et non pas de stratégie militaire, ce n’est pas son propos. Cette sale guerre vous entraîne vers l’animalité, comme cet homme surnommé l’homme-cochon car son cri résonne quand bien même une pluie d’obus s’abat à l’endroit où il est sensé se trouver – entre les deux lignes de front ? - et qu’on voudrait cette fois qu’il soit mort, son cri retentit encore plus fort. 

Les mots justes de l’auteur entraînent le lecteur dans l’horreur des tranchées et il ne peut que ressentir de l’empathie pour ces soldats. 

 

Le soleil des Scorta

Actes Sud, 2004 (Babel)

Sous le soleil écrasant du Sud italien, le sang des Scorta transmet, de père en fils, l’orgueil indomptable, la démence et la rage de vivre de ceux qui, seuls, défient un destin retors. Parce qu’un viol a fondé leur lignée, les Scorta sont nés dans l’opprobre. À Montepuccio, leur petit village d’Italie du sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu’ils appellent « l’argent de New York », leur richesse est aussi immatérielle qu’une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie, ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela – dont la voix se noue ici à la chronique objective des événements – confie à son contemporain, l’ancien curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.Roman humaniste, le nouveau livre de Laurent Gaudé met en scène, de 1870 à nos jours, l’existence de cette famille des Pouilles à laquelle chaque génération, chaque individualité, tente d’apporter, au gré de son propre destin, la fierté d’être un Scorta, et la révélation du bonheur. 

Prix Goncourt 2004

Eldorado

Actes Sud, 2006

 Ce roman nous raconte l’histoire de clandestins fuyant leur pays (le Soudan) pour rejoindre - au prix de leur vie - l’Eldorado que représente l’Europe. Cette histoire pourrait être vraie tant on fait corps avec les protagonistes. En parallèle, nous suivons le cheminement du Commandant Piracci qui navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d’intercepter les embarcations des clandestins et de les remettre aux autorités. La foi en sa mission sera ébranlée plusieurs fois jusqu’à l’inéluctable. Roman humaniste, nous accompagnons ces personnages en quête d’identité et de rêves de vie meilleure et courons avec eux pour atteindre la liberté.

 

GAVALDA, Anna/ L’Echappée belle

Le Dilettante, 2009

Deux soeurs et leur frère vont s’esquiver d’un mariage qui s’annonce ennuyeux, pour rejoindre le dernier de la tribu qui fait le guide dans un château au fin fond de la campagne. Ce court texte est un hymne aux fratries heureuses et nostalgiques des moments joyeux de l’enfance et qui s’offrent un moment d’insouciance comme au temps de leurs jeunes années. Histoire tendre, légère et pleine d’humour ! On en redemande !

GAVALDA, Anna/ Ensemble, c’est tout

Le Dilletante, 2004

Une année à Paris. Une rencontre improbable, les frictions, la tendresse, l’amitié, les coups de gueule, les réconciliations… de quatre personnes vivant sous un même toit, celui d’un immense appartement haussmannien aussi vide et désolé que leur vie respective. Quatre personnes qui n’avaient rien en commun et qui n’auraient jamais dû s’entendre, jamais dû se comprendre. Un aristocrate bègue, une jeune femme pas plus lourde qu’un moineau, une vieille mémé têtue et un cuisinier grossier. Tous sont pleins de bleus, pleins de trous et de bosses et tous ont un cœur gros comme ça (non, plus gros encore !)… Ce roman est pétillant grâce à ses personnages qui débordent de bienveillance et d’amour les uns envers les autres.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique

GIRAUDEAU, Bernard/ Les Dames de nage

Seuil (Points), 2008

 

Formidable conteur que Bernard Giraudeau. Des histoires à tiroirs, apparaissent tour à tour : Amélie, Joséphine, Jamila, Marcia ou Marco et Marc le narrateur (l’auteur lui-même ?). Belle écriture sensuelle et poétique qui nous emmène dans différents pays géographiques mais pas seulement, c’est aussi dans le voyage des âmes qu’il nous transporte dans ce qu’il y a de plus beau ou de plus laid.

- Prix Amerigo Vespucci        

- Prix des Sables d'Olonne

 

GOBY, Valentine/ Qui touche à mon corps je le tue

Gallimard, 2008

 Trois personnages dans ce roman : Marie, une faiseuse d’anges, condamnée à mort qui attend dans sa cellule, Lucie, femme avortée et Henri, exécuteur des hautes œuvres, dans l’attente du jour qui se lève. Trois voix qui se racontent tout à tour. Je n’ai pas réussi à aimer ce roman et être en empathie avec les personnages. Cela vient de la construction du roman. Dommage !

 

Kinderzimmer

Actes sud, 2013

 1944, le camp de concentration de Ravenbrück compte plus de 40 000 femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons. Petite lumière que cette pièce entourée de ténèbres. Mila, déportée politique découvre qu’elle est enceinte. Elle va survivre et donner la vie dans cet enfer. Ce texte extrêmement fort décrit la [sur] vie de Mila et quelques-unes de ses consœurs, d’autant plus que l’auteur l’a écrit au présent et ôte le côté historique puisque l’histoire n’a pas encore eu lieu. « Des bébés sont donc nés à Ravensbrück, et quoique leur existence y ait été éphémère, ils y ont, à leur échelle, grandi. J’en ai rencontré deux qui sont sortis vivants de Ravensbrück, ils sont si peu nombreux, et puis une mère, aussi. Et la puéricultrice, une Française, qui avait dix-sept ans alors. » raconte Valentine Goby. C’est de ces rencontres qu’est né le besoin de raconter. « J’ai écrit ce roman pour cela, dire ce courage fou à regarder le camp non comme un territoire hors du monde, mais comme une partie de lui. » 

 

GODARD, Anne/ L’inconsolable

Ed. de Minuit, 2006

Monologue d’une mère qui ne « vit » plus que dans l’impossible deuil de son fils au détriment du reste de la famille – elle en vient à haïr ses autres enfants, son mari la quitte -. L’utilisation du « tu » que l’auteure nous assène jusqu’à l’étouffement montre une écriture très construite. On pénètre dans les plus intimes pensées de cette mère inconsolable. Premier roman de cette jeune auteure.

GOLDING, William/ Sa Majesté des mouches

Gallimard, 2007 (Folio junior)
1ère édition 1954
trad. de l’anglais par Lola Tranec-Dubled

 Adolescent à partir de 12 ans 

L'évidence est là : il n’y a pas d’adultes sur l’île, seulement des enfants. L’avion qui transportait les collégiens britanniques a pris feu avant de sombrer dans le Pacifique. Ralph rassemble les rescapés et s’efforce d’organiser la survie du groupe. Mais, s’ils sont nombreux à applaudir ses décisions, presque tous préfèrent se baigner dans le lagon ou jouer à l’ombre des palmiers, au lieu d’entretenir le feu qui alerterait les bateaux croisant au large. La nuit, cependant, leur sommeil se peuple de créatures terrifiantes. Et s'il y avait vraiment un monstre tapi dans la jungle? Sous l'impulsion de Jack, violent et jaloux de Ralph, la chasse au monstre est déclarée. Mais les partisans de Jack et ceux de Ralph ne vont pas tarder à s'affronter cruellement…

À travers les aventures d'un groupe d'enfants livrés à eux-mêmes, William Golding nous raconte la terrifiante évolution de la civilisation vers la sauvagerie. Roman terrifiant et magnifique en même temps, il ne perd pas de son intensité à notre époque plus que violente ! Son universalité et son atemporalité en font un chef-d’œuvre !

 

 

GRØNDAHL, Jens Christian/ Sous un autre jour

Gallimard, 2005
trad. du danois
par Alain Gnaedig

Irene Beckman est une femme comblée. Une belle carrière d'avocate, un mariage heureux, deux enfants et une villa dans les beaux quartiers de Copenhague. À cinquante-six ans la vie semble lui sourire. Mais un soir, elle tombe sur une conversation enregistrée par erreur sur son répondeur téléphonique et apprend que son mari lui est infidèle. Au même moment, sa mère – qui doit subir une intervention chirurgicale dont l'anesthésie générale n'est pas sans risque – lui remet une enveloppe en lui demandant de l'ouvrir seulement après sa mort. Irene, aux prises avec elle-même depuis la séparation d'avec son mari, ne respecte pas cette injonction. Elle découvre alors, dans un cahier écrit en 1948, une brève confession de sa mère et le prénom d'un homme, Samuel, qui serait son vrai père...

Les mains rouges

Gallimard, 2011 (Folio) trad. du danois
par Alain Gnaedig

1977, Gare centrale de Copenhague. Un jeune homme croise une jeune femme, « dégingandée, les cheveux châtains en bataille et le visage anguleux ». Il l’héberge quelques jours avant de découvrir qu’elle lui a donné un faux nom – elle s’appelle Sonja et non Randi. Elle disparaît, laissant la clef d’un casier contenant un sac rempli de billets de banque…

Il la retrouve quinze ans plus tard. Cette fois, Sonja accepte de lui raconter sa vie.

GROULT, Benoîte/ Les vaisseaux du cœur

Le Livre de poche, 2001 réed.
1ère éd. 1988

Un homme, une femme. Quelques jours, quelques semaines dispersées tout au long de la vie seront les seules et brûlantes étapes d’une histoire qui commence sur la peau et se prolonge dans le cœur.

À travers cette passion, toute de tendresse et de sensualité, Benoîte Groult a voulu faire le portrait d’un amour glorieux et d’une femme libre.

GUILLAUMIN, Emile/ La Vie d’un simple

Le Livre de poche, 1977 1ère éd. 1904

Roman du terroir par excellence, La vie d’un simple est unique en son genre. Dans ce récit on est loin de la campagne magnifiée. Paysan lui-même, muni du Certificat d’Etudes, Emile Guillaumin raconte cette vie dure où le paysan est à la merci de son propriétaire – celui-ci demande toujours plus mais donne de moins en moins – C’est donc l’histoire de Tiennon Bertin (et de sa famille), métayer de son état, de son enfance à un âge avancé. Ce roman – en partie autobiographique – nous évoque avec force la disparité des rapports entre « les gros propriétaires fermiers » et « les petits » qui peinent pour obtenir le droit de devenir propriétaires de leur terre et, quand ils y parviennent, comme le frère de Tiennon, se trouvent dans l’obligation d’hypothéquer leur bien et finalement redeviendront journaliers à la merci du propriétaire. Remarquablement bien écrit, ce récit des « gens de peu » est passionnant de bout en bout.