DAZAI, Osamu/ La Femme de Villon

Ed. Du Rocher, 2005 - trad. du japonais par Silvain Chupin
1ère éd. en 1947

Court roman ou nouvelle, c’est le personnage de la femme de l’écrivain qui raconte la déchéance, sans se plaindre de ce que lui fait vivre son compagnon : misère (maison sordide et sans chauffage), solitude (son compagnon les délaisse). Son enfant sur le dos elle s’en va travailler dans le bar ou va s’enivrer son mari pour rembourser les dettes. Elle se reproche de n’avoir pas pensé plus tôt à cette solution pour améliorer son ordinaire. Écrivain drogué, alcoolique qui ne pensait qu’à la mort, Dazai a une écriture on ne peut plus lucide et courageuse sur lui-même.

Né en 1909 et mort en 1947 (suicide), l’auteur japonais Osamu Dazai se décrit lui-même dans ce personnage d’écrivain dépendant de la drogue et d’alcool.

DECOIN, Didier/ Les trois vies de Babe Ozouf

Seuil, 1984

 

Babe Ozouf, Catherine et Carole sont filles de la Hague. Leur saga - qui s’étend sur trois générations - est scandée par un même geste, un acte que l’amour inspire : faire naître la lumière et le feu dans la nuit. Par trois fois, ce geste simple et fatal provoquera un naufrage : naufrage de navires et naufrage de destinées. Trois hommes traverseront la vie de ces jeunes femmes : Michael Bernstein, le pianiste ; le peintre Louis Asfrid et le mystérieux Recruteur qui hante les quais de Liverpool. Ils apprendront que l’amour est aussi ce calme effrayant qui précède et annonce les tempêtes. « Didier Decoin, écrit Patrick Grainville, nous donne trois beaux portraits de femmes : une Mélusine rousse, une Alice enluminée et une Mata Hari fascinée »

 

La promeneuse d’oiseaux

Seuil, 1996

En 1880 dans les états d’Alderney, petite île anglaise, Sarah McNeill a dix-neuf ans. Depuis l’enfance, elle est presque muette à cause d’un accident et elle estime qu’elle a bien peu de chances de trouver un époux. Un soir de bal, elle rencontre Gaudion et en tombe amoureuse après qu’il lui eut donné un baiser. Pendant des mois, elle attend désespérément son retour, mais Gaudion ne réapparaît pas dans l’île d’Alderney. Qu’à cela ne tienne, elle ira à Londres pour le retrouver et pour vivre, elle devient livreuse d’oiseaux empaillés et parcours Londres à la recherche de Gaudion qui l’a certainement déjà oublié. Sarah dans son amour naïf est très touchante et rien ne la détournera de sa quête et de son amour pour Gaudion. Cette Promeneuse d’oiseaux nous enchante par son romantisme et ses décors bien plantés.

Une Anglaise à bicyclette

Stock, 2011

Laissez-vous emporter par cette aventure romanesque qui frise le conte, jugez plutôt : cette histoire débute par le massacre de Wounded Knee, dans le Lakota du sud, l’adoption d’une petite lakota par un anglais qui l’épouse dans l’Angleterre victorienne, une bicyclette, des mystérieuses photographies représentant des fées et Sir Arthur Conan Doyle qui croit dur comme fer à leur existence. Du très bon Didier Decoin !

À lire aussi : John l’enfer, La pendue de Londres

DECOIN, Julien/Soudain le large

Seuil, 2017

Cette nuit-là, au milieu du port de Cherbourg, Charles la sauve de la noyade et la hisse à bord, inconsciente. A-t-elle glissé ? A-t-elle sauté ? Quelle est la couleur de ses yeux ?

Catherine se réveille dans ce voilier inconnu et part sans explication. Mais elle reviendra, comme la mer monte et descend. Et Charles, le marin, l’attendra à quai, jusqu’à ce que leur histoire commence, comme dans un roman d’aventure…

Julien Decoin nous raconte l’errance de deux êtres qui veulent enfouir dans leur mémoire un pan de leur vie. Quand Charles sauve de la noyade Catherine, tous deux sont en rupture d’eux-mêmes et sont perdus. Aucun ne se livre à l’autre, on garde ses blessures mais les corps s’attirent comme hypnotisés. L’écriture est singulière, poétique, rythmée et parfois s’accélérant crûment. L’auteur nous embarque entre rêve et réalité comme s’il nous permettait d’orienter l’histoire et faisait appel à notre imagination. Très bon roman qui nous emmène de Cherbourg aux îles anglo-normandes où la mer est omniprésente dans la vie des protagonistes.

DELACOURT, Grégoire/ La Liste de mes envies

JC Lattès, 2012

 Jocelyne dite Jo est mercière à Arras - Pas-de-Calais - un mari, deux grands enfants qui vivent loin. Une vie heureuse et sans histoire en somme. Elle a même créé son blog. Deux amies jumelles qui jouent au loto régulièrement la presse de jouer à son tour « si tu gagnais, qu’est-ce que tu t’achèterais ? » Et l’improbable arrive, Jo gagne 18 millions d’Euros et des poussières ! Elle commence par élaborer une première liste de ses envies et se rend compte qu’elle pourrait avoir beaucoup plus ! Puis, elle réfléchit Jo, elle est heureuse comme elle est ! L’argent fait-il le bonheur ? Pas si sûr se dit-elle… Roman contemporain sur la société d’« avoir plus pour consommer plus », l’histoire est menée tambour battant avec rebondissement.

 

DENIS, Jean-Michel/ Les mots du passé

Les Nouveaux auteurs, 2012

Eté 2003, une terrible canicule assèche la France. Louis et son fils s’apprêtent à prendre la mer au large de la Charente afin de trouver un peu de fraîcheur. Soudain, un coup de téléphone les oblige à faire demi-tour. C’est Pierre, le père de Louis. Cet octogénaire solitaire et taciturne éprouve soudain un besoin capital de dévoiler enfin son passé à son fils….Pierre et Louis vont alors remonter le temps jusqu’aux années sombres de l’Occupation à Paris, ce qui aura des conséquences totalement inattendues et bouleversantes…. Très beau roman historique qui prend ses racines dans la Seconde Guerre mondiale.

DESPLECHIN, Marie/ Jamais contente : Le journal d’Aurore 1

L’Ecole des loisirs, 2016

  A partir de 13 ans                                

«Douze février. On peut ruiner sa vie en moins de dix secondes. Je le sais. Je viens de le faire. Là, juste à l'instant. J'arrive à la porte de l'immeuble, une modeste baguette dans la main et la modeste monnaie dans l'autre, quand Merveille-Sans-Nom surgit devant moi. Inopinément. À moins de cinq centimètres (il est en train de sortir et je m'apprête à entrer, pour un peu on s'explose le crâne, front contre front). Il pose sereinement sur moi ses yeux sublimes. Je baisse les miens illico, autant dire que je les jette quasiment sous terre, bien profond, entre la conduite d'égoût et le tuyau du gaz. Sa voix amicale résonne dans l'air du soir : - Tiens ! Aurore ! Tu vas bien ? Je reste la bouche ouverte pendant environ deux millions de secondes, avant de me décider et lui hurler à la figure : - Voua ! Merdi !»

Aurore, élève de 3ème, trouve sa vie d’ado complètement nulle ! Aurore n’aime pas lire, elle aime plutôt l’action alors elle décide d’écrire son journal comme tout le monde ! Aurore n’aime pas le collège, ses sœurs, ses parents et est souvent de mauvaise humeur et contre tout comme on l’est à cet âge. Les ados devraient aimer et se retrouver dans ce journal ! Les parents, eux, vont retrouver leur « cher ado » et sourire comme je l’ai fait. Court roman qui plaira plus aux filles qu’aux garçons, enfin, à mon humble avis !

DICKER, Joël/ La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert

De Fallois, 2012

 2008. Marcus Goldman peine à écrire son deuxième roman. Il faut dire que son premier roman a eu un succès retentissant ! Victime de son succès ? Son ancien professeur de littérature – Harry Quebert - lui suggère de venir écrire dans ce coin tranquille du New Hampshire, à Aurora et lui prête sa maison du bord de mer. Marcus fait alors une étonnante découverte. Harry a entretenu une liaison avec Nola, jeune fille de quinze ans, alors que lui en avait trente-quatre. Or cette jeune fille a disparu en 1975 et personne ne l’a jamais revue ! Lorsque son corps est retrouvé dans le jardin d’Harry Quebert, celui-ci est naturellement soupçonné. Pendant six cents pages l’auteur nous emmène dans le passé – au moment de la disparition de Nola – puis dans le présent et nous lecteurs, sommes manipulés, bringuebalés par l’auteur à coups de rebondissements et coups de théâtre : on croit tenir le coupable et bien non, fausse piste jusqu’à la vérité finale !  La construction très compliquée et réussie du roman est très habile puisque l’on est toujours étonné, surpris et sur le qui-vive sans arrêt. L’auteur a su tenir en haleine notre esprit, curieux de savoir ce qui s’est réellement passé ce 31 août 1975. Sans être qualifié de polar, ce gros roman y ressemble furieusement ! D’ailleurs, l’évolution des relations entre le policier Gahalowood et Marcus est assez savoureuse et amène de l’humour au récit. Cependant une petite critique : l’histoire d’amour entre Harry et Nola est un peu mièvre et sent un peu trop l’eau de rose à mon goût. Pourtant le plus adulte des deux n’est pas celui qu’on croit ! Ce livre a reçu le Grand prix du roman de l’Académie Française et le Prix Goncourt des Lycéens 2012. (Bon, le Goncourt des Lycéens pourquoi pas mais le Grand Prix de l’Académie !?). 

DUBOIS, Jean-Paul/ Si ce livre pouvait me rapprocher de toi

Ed. De l’Olivier, 1999

Paul Peremülter est écrivain, terminant son 13ème livre et déçu de son travail, il entreprend un périple qu’il voudrait simplement excentrique. Ce voyage va l’amener jusqu’au fin fond du Québec mais c’est lui-même qu’il va rencontrer en remontant jusqu’à la source de ses origines. Le personnage de Paul, va se transformer au fur et à mesure du roman, il va apprendre à s’aimer et la vie va lui paraître plus sereine. Il va pouvoir faire le deuil de ce père somme toute inconnu. Dubois restitue à merveille la nature du Québec.

Une vie française

Ed. de L’Olivier, 2004

« […] Oui, après 1958, le bonheur nous quitta, ensemble et séparément, et, à table, nous laissâmes aux speakers de la télévision le soin de meubler notre deuil […] » Paul Blick est un enfant de la Ve République. Le roman commence donc en 1958 et De Gaulle vient de doter la France d’une nouvelle constitution. La vie de Paul Blick va s’égrainer suivant les différentes présidences : Pompidou, Giscard, Mitterrand… Dans ce roman les thèmes chers à Jean-Paul Dubois sont présents : femme dominatrice, homme faible, mésalliance, trahison conjugale… Très belle écriture qui restitue Une vie française sur une cinquantaine d’années, entre rires, larmes et désenchantement.

Vous plaisantez, monsieur Tanner

Ed. de L’Olivier, 2006

 Paul Tanner hérite de la « grande » maison de son oncle – une ruine – il devrait renoncer à la rénover et se sauver en courant en entendant la somme qu’il aura à débourser. Et bien non ! Paul Tanner s’entête et les travaux débutent avec les différents corps de métiers et ses extravagants ouvriers pour ne pas dire fous, délinquants et j’en passe… Paul n’est pas au bout de ses peines ! Roman plein de saveur et déjanté comme ce récit de chantier véridique ! L’humour grinçant de Dubois fonctionne à merveille comme toujours.

Hommes entre eux

Ed. de L’Olivier, 2007

 Dans les romans de Jean-Paul Dubois, le héros s’appelle toujours Paul et la femme Anna. Rien ne diffère quant aux prénoms dans ce roman, mais c’est le ton qui change ; l’humour a disparu. C'est une histoire très noire que nous narre l’auteur, aussi noire que le paysage qui sert de décor est d’un blanc étincelant à nous glacer les os. Paul, toulousain, très malade part dans le Grand Nord canadien à la recherche d’Anna qui l’a quitté. Floyd Paterson vit en Ontario, chasseur solitaire. En principe, rien de commun entre ces deux hommes. Ce qu’ils ne savent encore ni l’un, ni l’autre, c’est qu’ils ont aimé et ont été quittés par la même femme : Anna. La rencontre des deux hommes sera inévitable et empreinte d’une violence qui s’immisce et croît au fil du récit. Bien qu’absente, Anna est très présente dans ce roman. Paul ne reconnaît pas son Anna et découvre une autre personne dans les propos de Paterson. Le huis clos s’installe dans cette maison cernée par le blizzard jusqu’à la fin inévitable mais oh combien surprenante ! Le rythme cardiaque s’étant accéléré, on se surprend à relire les dernières pages pour être sûr d’avoir bien lu. Roman âpre et grave qui dévoile notre part d’animalité tapie en chacun de nous.

 

Le cas Sneijder

Ed. de l’Olivier, 2011

 Victime d’un accident d’ascenseur – ce qui est rare – seul survivant, sa fille Marie a péri sous ses yeux, nous assistons à la deuxième chute de Paul Sneijder, morale cette fois. Ce dernier dominé par sa deuxième femme – c’est elle qui fait carrière – lui, après cet accident finira promeneur de chiens dans la ville de Montréal. Paul revisite sa vie et se demande comment il a pu accepter que sa deuxième femme interdise l’entrée de sa maison à sa fille Marie, comment il s’est accommodé de cette lâcheté. Ce dernier roman de JP Dubois est empreint de tristesse et de drôlerie à la fois. Il manie l’art de sonder nos petites et grandes lâchetés de notre vie étriquée, d’ailleurs il écrit « la vie, est un sport individuel ».  Un très bon Dubois.

 

La Succession

Ed. de l’Olivier, 2016

Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. Quand le Consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui. Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage. Avec La Succession, Jean-Paul Dubois nous livre une histoire déchirante où l’évocation nostalgique du bonheur se mêle à la tristesse de la perte. On y retrouve intacts son élégance, son goût pour l’absurde et quelques-unes de ses obsessions.

 Dans ce 21ème roman, Jean-Paul Dubois s’attaque à l’hérédité familiale […] « Depuis hier, je suis le dernier des Katrakilis, ce qui, excepté pour moi, n’a pas grande signification. En quelques années, les uns après les autres, tous les membres de cette famille se sont supprimés » […]. Jean-Paul Dubois est un écrivain talentueux et surprenant. En effet, cette fois-ci il nous plonge au cœur de la pratique de la cesta punta (pelote basque) aux Etats-Unis  et nous apprenons beaucoup sur ce sport ! Comme presque dans chacun de ses romans, la dérision voisine l’humour noir, la tendresse et l’amour, l’absurde mais aussi la tristesse et la mélancolie. Un très bon roman qui questionne : peut-on échapper à la fatalité d’une famille suicidaire ?

DUGAIN, Marc/ L’Emprise

Gallimard (Folio), 2014

Un favori à l’élection présidentielle, le président d’un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue…Qu’est-ce qui peut les relier ? Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l’Irlande, pourra-t-elle y parvenir ? Rien n’est moins certain. Avec ce roman de politique-fiction – mais est-ce de la fiction ? – Marc Dugain nous plonge dans les arcanes du système politique français. Cette lecture nous renvoie à notre propre système politique et cela fait froid dans le dos ! Tous les coups sont permis même l’innommable.

 

DU MAURIER, Daphné/ La maison sur le rivage

Le Livre de poche, 2003 - trad. de l’anglais par Maurice-Bernard Endrèbe -
1ère éd. 1969

 En Cornouailles, dans une très ancienne demeure, un homme cède à la tentation de vérifier les effets d’une nouvelle drogue mise au point par un savant réputé. C’est le début d’un long voyage, au cours duquel il va se retrouver plongé dans un passé vieux de plus de six siècles. Mais les troublantes scènes dont il va être le témoin invisible ne sont-elles qu’une pure illusion ? Les personnages qu’il croise ne sont-ils que des fantômes nés de son imagination ? Maniant avec une habileté diabolique la tension psychologique et le suspense, Daphné Du Maurier trame une incroyable histoire hantée où hallucination et réalité, passé et présent finissent par se recouper étrangement. Dans ce roman, un des classiques de Daphné Du Maurier, le lecteur retrouvera avec bonheur le mystère de Rebecca, le climat angoissant de Ma cousine Rachel, l’aventure de L’Auberge de la Jamaïque…

 

Rebecca

Albin Michel, 2015 Nouvelle traduction de Anouk Neuhoff

 Nouvelle traduction de Anouk Neuhoff                 

Une longue allée serpente entre des arbres centenaires, la brume s’accroche aux branches et, tout au bout, entre la mer et les bois sombres, un manoir majestueux : Manderley, le triomphe de Rebecca de Winter, belle, troublante, admirée de tous. Un an après sa mort, son charme noir hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse de Maxim de Winter, jeune et timide, pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?                                                                                                                  Paru pour la première fois en France en 1940, le livre est ici présenté dans une nouvelle traduction d’Anouk Neuhoff qui restitue toute la puissance d’évocation du texte originel et en révèle la noirceur et la complexité dramatiques.

Nouvelle traduction donc, de ce chef-d’œuvre de Daphné du Maurier. Roman plébiscité par les Anglais comme leur livre préféré ! L’éditeur Albin Michel dans sa 4ème de couverture indique que cette nouvelle traduction « restitue toute la puissance d’évocation du texte originel et en révèle la noirceur et la complexité dramatiques. » Dans mon souvenir, la traduction de Denise Van Moppès restituait aussi ce côté noir, étouffant et angoissant qui va crescendo. Rebecca, la première épouse disparue, prend une dimension psychanalytique dans le comportement de la seconde Mme de Winter qui est introvertie, impressionnable ; une sorte de femme-enfant dont le caractère n’est pas affirmé face à l’inquiétante gouvernante Mrs Danvers. Cette dernière, sème insidieusement le doute quant à la légitimité de son mariage avec Maxim de Winter.

Voir aussi mon article dans "Blog" : traduction littéraire

DUONG THU HUONG/ Terre des oublis

Sabine Wiespiesser, 2006 trad. du vietnamien par
Phan Huy Duong

Alors qu’elle rentre d’une journée en forêt, Miên, une jeune femme du Hameau de la Montagne, situé en plein cœur du Viêtnam, se heurte à un attroupement : l’homme qu’elle avait épousé très jeune, quatorze ans auparavant, dont la mort comme héros et martyr avait été annoncée depuis longtemps déjà, est revenu. Miên est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu’elle aime et avec qui elle a un enfant. Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên, convaincue aussi que là est son devoir, se résout à aller vivre avec son premier mari.

Au fil d’une narration éblouissante, la romancière passe de l’un à l’autre des personnages de ce triangle tragique. Miên tente désespérément de se réhabituer à un homme physiquement détruit par des années de combats et d’errances dans la jungle, mû par la seule obsession d’engendrer un fils. La jeune femme, nuit après nuit, vit un calvaire. Elle ne peut oublier Hoan qui, résigné, a fui vers la ville où, malgré ses succès commerciaux, il vit un enfer.

Plongeant dans le passé de ces trois innocentes victimes, éclairant leurs destinées individuelles par l’évocation d’une société pétrie de principes moraux et politiques, convoquant leur quotidien dans une somptueuse description de sons, d’odeurs et de couleurs, Duong Thu Huong donne véritablement corps à son pays. Terre des oublis, grand roman de l’après-guerre du Viêtnam, est un livre magistral.

DUPEREY, Anny/ Le nez de Mazarin

Ed. du Seuil, 1986

 Claire et Jean vivent heureux, jusqu’au jour où un infime incident fait basculer leur vie de couple. Un an plus tard, Claire tue Jean. Comment Claire a pu commettre ce geste irréparable ? Tout au long du livre nous apprendrons le pourquoi de ce geste. Premier roman très maîtrisé avec une fine analyse psychologique des personnages. Anny Duperey n’est plus seulement comédienne mais romancière.

 

DUROY, Lionel/ Le Chagrin

J’ai lu, 2011

 Encore une histoire familiale ! Oui c’en est une, mais ce « Chagrin-là », nous émeut au plus profond de nous. L’auteur, Lionel Duroy met sa famille à nue et nous raconte son chagrin de l’Occupation à nos jours jusqu’à l’effondrement de sa famille et ce que cela implique « J’ai éteint ma famille, je les ai tous chassés de ma vie, définitivement, et maintenant je me sens vieux ».

 

Vertiges

Julliard, 2013

 Augustin, écrivain, vient de se séparer de sa femme qu’il a aimée passionnément. Cette rupture le plonge dans une tristesse indicible. Il cherche alors tout ce qui se joue de mystérieux, de vertigineux dans le huis clos d’un couple. Avec ce roman, maîtrisé de bout en bout avec maestria, Lionel Duroy nous entraîne dans les arcanes intimes d’un écrivain qui dissèque ses vies de couples et leurs échecs et se replonge dans sa propre enfance comme il l’avait fait pour Le Chagrin. Est-ce donc si difficile d’aimer… Mais qu’est-ce qu’aimer ? Voilà la grande question qu’Augustin se pose tout le long de ce roman.

Le Cahier de Turin

Julliard, 2003

À l'instant où il l'a vue pour la première fois, de l'autre côté de la rue, Marc a été subjugué par Hélène. Dix ans plus tard, ils sont mariés et ont deux filles adorables. L'éblouissement demeure. Alors qu'ils passent un week-end sur une plage de Normandie et qu'ils vivent un de ces moments de grâce en famille, Marc continue à éprouver devant le charme énigmatique de sa jeune femme le même étonnement. Comment et pourquoi cette femme a-t-elle pu l'aimer ? Pourquoi lui a-t-elle tant donné ? Et soudain, un souvenir le transperce. C'était à Turin, au cours de ce voyage ou ils ont fait l'amour pour la première fois. Il se souvient dans les moindres détails de la chambre d'hôtel et de chacun de leur geste. Il se rappelle aussi que, pendant tout leur séjour, Hélène a rempli de son écriture fine des pages et des pages d'un cahier d’écolier. Comment a-t-il pu perdre ce texte ? S’il pouvait lire ce qu’elle écrivait à l’époque, il saurait tout d’elle, il comprendrait sans doute ce qui lui échappe. Cette idée devient obsédante, et Marc décide de repartir à Turin retrouver le cahier. Mais est-il bien opportun de relire aujourd'hui ce qu'elle écrivait hier ?

Duroy avec ce roman continue d’explorer les arcanes du couple dans ce qu’il a de plus intime : les questionnements sur l’amour, les souvenirs, la vie quotidienne de la famille. C’est un roman joyeux où le bonheur s’invite à chaque page. Les dialogues sont savoureux – notamment ceux des enfants de Marc, le narrateur – on se prend à sourire car certains de ces dialogues nous rappellent des moments vécus !

DUTEURTRE, Benoît/Livre pour adultes

Gallimard, 2016

 «Ce livre est inspiré par la mort de ma mère, qui croyait à la joie de vivre. J'y dépeins aussi les transformations d'un village de montagne, quelques vieilles dames extraordinaires et les péripéties d'une journaliste dans la société contemporaine. Beaucoup de femmes dans ces histoires ; beaucoup de questions sur la naissance et sur le déclin.

La disparition de nos proches souligne cette double réalité de l'âge adulte : tandis que nous courons à l'abîme, le monde où nous avons grandi s'efface lui aussi. Ces réflexions traversent un roman très libre, tour à tour comique et mélancolique. L'autobiographie s'y conjugue à l'essai et à la fiction pour cerner notre destin – et les joies qui éclairent cette fatalité.»

Benoît Duteurtre.

J’ai beaucoup aimé ce livre.  C’est un livre pour adultes (quel drôle de titre !) effectivement. Ce n’est pas un roman comme indiqué sur la couverture (Duteurtre aime brouiller les pistes), c’est tour à tour une réflexion sur le monde qui change, la nostalgie de ce qui n’est plus, la vieillesse et la mort, des fictions aussi et Duteurtre nous parle aussi des Vosges où il passe beaucoup de temps à arpenter ses paysages et fréquenter les gens qui y habitent et cela depuis l’enfance. C’est un livre empli de poésie et où l’écriture est belle.