CARLSON, Ron/ Le Signal

Gallmeister, 2010 .- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides

 Dernière randonnée pour Mack et sa femme Vonnie afin de dire adieu à leur amour. En effet, Vonnie a quitté Mack qui s’enfonçait dans l’alcool et les dettes, elle a refait sa vie. Ce qui aurait dû être un moment de complicité retrouvé et l’occasion (peut-être) de se dévoiler enfin l’un à l’autre ne sera pas. Mack profite de cette randonnée pour rendre un dernier service à un malfrat du coin et essayer de gagner de l’argent facilement croit-il. Mal lui en prend ! C’est un roman des grands espaces qui au fil du récit se resserrent pour devenir étouffants, on a le cœur qui cogne plus vite à l’instar des protagonistes… C’est aussi un roman qui parle de rédemption et la fin du roman est ouverte à tous les possibles… du lecteur. Auteur à suivre…

CATHER, Willa/ Mon Antonia

Rivages, 1995 (Poche) trad. de l'Anglais (Etats-Unis) par Robert Ruard
1ère édition en 1918

À la fin du siècle dernier, sur les plaines du Nebraska recouvertes à l’infini des mêmes herbes rouges, s’implantent de nombreuses familles d’immigrés européens. Russes, Tchèques, Norvégiens se regroupent en communautés sur des terres qui restent à défricher. Jim a dix ans lorsqu’il vient vivre chez ses grands-parents, propriétaires d’une ferme. À quelques kilomètres s’installent les membres de la famille d’Antonia, immigrés tchèques, partagés entre la nostalgie de l’Europe et l’espoir en l’Amérique. Jim et Antonia, unis par les mêmes valeurs humaines et une amitié mi-fraternelle, mi-amoureuse, connaîtront des destins différents.

L’image d’Antonia reste gravée dans la mémoire comme l’incarnation de la ténacité des pionniers, auréolée de la nostalgie du passé "précieux, incommunicable".

 "Willa Cather a fait sous la mitraille de l’émotion, avec des odeurs de foin et des couleurs fortes, le roman vital de l’Amérique à ses débuts. C’est Virgile élégiaque, perdu dans les herbes du Nebraska." (Manuel Carcassonne, Le Figaro)

CHALANDON, Sorj / Retour à Killybegs

Grasset, 2012

 

L’IRA vécue de l’intérieur à travers l’histoire d’un de ses combattants, ou comment l’un d’entre eux en est venu à trahir l’organisation à laquelle il a voué sa vie. De l’évidence de l’engagement dès l’enfance aux réalités d’une guerre contre les Britanniques. Historique et humain, un récit captivant.

 

CHATWIN, Bruce/ Les Jumeaux de Black Hill

Le Livre de poche (Biblio), 2014
trad. de l’anglais par Georges et Marion Scali
1ère éd. 1984

Dès leur plus jeune âge, Benjamin et Lewis, les Jumeaux de Black Hill, nés au début du siècle au Pays de Galles, partagent les mêmes peines et les mêmes bonheurs ; ils resteront ensemble à la ferme paternelle pendant plus de quatre-vingts ans, refusant de se marier, unis jusqu'à la mort. Cette incroyable histoire d'amour est aussi une somptueuse chronique paysanne où s'agitent des personnages fantasques et violents. Avec beaucoup de tendresse et d'acuité, Chatwin peint la mort lente d'un monde rattrapé par la technique et rongé par les illusions perdues. Chatwin nous offre un très beau livre où la nature est très présente et sur les mystères de la gémellité.

CLAUDEL, Philippe/ Les âmes grises

Stock, 2003

 

Une fillette de douze ans est retrouvée morte, assassinée sur la berge. Ce meurtre dévoile des personnages ni blancs, ni noirs, ce sont des âmes grises d’après Claudel, l’auteur. Jamais titre n’a collé aussi bien à cette histoire sombre, très sombre qui se déroule sur fonds de 1ère guerre mondiale, le bruit du canon qui tonne renforce l’impression de tristesse et d’angoisse. Ne cherchez pas le roman policier, vous serez déçus. Claudel a cette écriture belle et épurée, sans effet de style que j’aime beaucoup.

 

La Petite fille de M. Linh

Stock, 2005

 

Monsieur Linh est un vieil homme qui a quitté son village dévasté par la guerre. Il décide de partir avec sa petite-fille Sang Diû dont les parents sont morts. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville grise et froide d’un pays inconnu, avec des centaines de réfugiés… Très belle écriture pour une histoire tragique.

 

COLOANE, Francisco/ Tierra del Fuego

Phébus (Libretto), 1994 traduit de l’espagnol (Chili) par François Gaudry

 

Punta Arenas se trouve au bout de la Patagonie sur le continent sud américain. Cette terre où vivent des hommes aux caractères trempés par la rigueur des hivers et la violence des tempêtes. Durs, immenses, désolés, bagarreurs. Des hommes tournés vers l’océan, des chercheurs d’or, guerriers, chasseurs de baleines ou de phoques.. Des récits magnifiques et fracassants tout à la fois comme peut l’être ce coin de terre du bout du monde giflé par les vents venus de l’océan…

 

À lire également : Cap Horn, Le dernier mousse, Le sillage de la baleine…

 

 

CONRAD, Joseph/ Typhon

Gallimard, 1973 (Folio) - trad. de l’anglais par André Gide

« "Stoppez !" mugit M. Rout.

 Personne - pas même le capitaine Mac Whirr, qui, seul sur le pont, avait aperçu une blanche ligne d’écume s’avancer, à une telle hauteur qu’il n’en pouvait croire ses yeux -, personne ne devait jamais savoir ce qu’avait été l’escarpement de cette lame, et l’effrayante profondeur du gouffre que l’ouragan avait creusé derrière la mouvante muraille d’eau.

 Elle accourait à la rencontre du navire ; et le Nan-Shan, alors, s’arrêtant comme pour se ceindre les reins, souleva son avant, puis sauta. Les flammes de toutes les lampes s’affaissèrent, assombrissant la chambre des machines ; l’une d’elles s’éteignit. Avec un fracas déchirant, un tumulte furieux et giratoire, des tonnes d’eau tombèrent sur le pont… ».

 Dans ce premier chapitre, on entre de plein fouet au cœur du maelström qu’est ce récit, âpre à vous glacer les sangs. De ce typhon personne ne sortira indemne, même nous lecteurs.

CONSTANTINE, Barbara/ A Mélie, sans mélo

 Mélie, soixante-douze ans, s’apprête à recevoir sa petite-fille tout l’été pour la première fois. La veille de l’arrivée de Clara (11 ans), Gérard, médecin (ex de sa fille Fanette, médecin elle aussi) lui apprend que les analyses ne sont pas bonnes. Mais Mélie y pense et puis oublie, elle a tant de choses à faire pour l’arrivée de la petite ! Et puis, il y a Marcel aussi, vieil ami que Pépé sort de sa maison de retraite pour une visite chez Mélie. Il y a de la vie et de la bonne humeur dans les romans de Barbara Constantine. Les personnages se croisent, se perdent et se retrouvent. L’auteur s’ingénie à nous prouver que la vie peut être douce et belle pour peu qu’on soit attentif aux moindres petites choses de la vie et qu’on sache capter le bon moment, car Mélie va rencontrer le grand amour ! Pensez : cent cinquante ans à eux deux ! Mais quand on aime on ne compte pas !

 

Tom petit Tom tout petit homme Tom

Tom, onze ans vit seul avec sa jeune mère (elle l’a eu à treize ans ¾ !) dans un mobile-home délabré. Petits boulots précaires pour Joss qui aime sortir le soir… Tom se retrouve souvent seul en charge de faire les courses dans les jardins potagers de ses voisins. Un jour, alors qu’il allait entrer dans un jardin, il entend des gémissements et des pleurs en même temps qu’il distingue une forme allongée par terre au milieu du potager. Il part apeuré, mais hésitant revient et aide la vieille dame à se relever. Elle s’appelle Madeleine et à quatre-vingt-treize ans, n’a plus toutes ses dents et elle fait un peu peur ! À partir de ce moment, Tom petit homme va aider Madeleine et une relation d’affection va naître entre eux. Roman des gens de peu mais non misérabiliste, l’auteur nous donne à lire un roman plein de punch, de gaîté, plein d’humour et des personnages attachants.

 À lire aussi : Et puis Paulette…

Et puis Paulette...

Ferdinand vit seul dans sa ferme. Et ça ne le rend pas franchement joyeux. Un jour, il passe chez Marceline, sa voisine, et découvre que son toit est sur le point de s'effondrer. Très naturellement, ses petits-fils, les Lulus, lui suggèrent de l'inviter à la ferme. L'idée le fait sourire. Mais ce n'est pas si simple, certaines choses se font, d'autres pas... Il finit tout de même par aller la chercher. De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s'agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d'enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette...

Barbara Constantine nous raconte cette histoire avec sensibilité et on en ressort ragaillardi !

COOK, Kenneth/ Par-dessus bord

Autrement, 2007 - trad. de l’anglais (australien) par Mireille Vignol

 

Sur la quatrième de couverture on peut lire : roman basé sur des faits réels. L’auteur nous raconte l’histoire d’un pêcheur jusqu’au-boutiste, Foster : portrait d’homme attachant malgré la rusticité du caractère. Celui-ci veut pêcher le thon, poisson royal des eaux australiennes et qui peut rapporter gros. L’occasion lui est donnée lors du sauvetage de deux pêcheurs – des émigrés italiens - et de leur thonier, le troisième homme est tombé à l’eau le pied pris dans la chaîne de l’ancre et s’est noyé. Après le drame, ils mettent en vente leur thonier à un prix intéressant. Foster se met en tête d’acquérir ce bateau qui apportera aisance et bonheur à sa famille. Récit haletant et plein d’humanité devant l’acharnement d’un homme qui ira au bout de son rêve, qu’importent les entraves et les prudences des uns et des autres. Ce roman nous rappelle aussi le très dur et dangereux métier de la pêche…. La mer peut-être belle, généreuse mais reste indomptable.

 

À coups redoublés

 

L’abatteur de bœufs, John Verdon, subit trois humiliations dans la même journée. Comme les autres jeunes de la région, le Calpe, l’hôtel-bar discothèque est un lieu de défouloir et Verdon ne manque pas de le fréquenter assidûment et boit plus que de raison. Frustrations, humiliations vont conduire Verdon et quelques copains - qu’il entraînera derrière lui - à une violence extrême ce soir fatidique du 17 juin et commettre l’irréparable. Mais le meurtre est complexe et par courtes séquences nous assistons au déroulement du procès. « Par quel enchaînement en est-on arrivé à ce tableau d’ignominie, d’effroi et de confusion » décrit le procureur ? Il fallait tout l’art de Kenneth Cook pour mener à bien cette histoire terrible.