BȂ, Mariama/ Une si longue lettre

Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, 1979

Une si longue lettre est une œuvre majeure, pour ce qu'elle dit de la condition des femmes. Au cœur de ce roman, la lettre que l'une d'elle, Ramatoulaye, adresse à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage.

Elle y évoque leurs souvenirs heureux d'étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l'absence de droit des femmes. Et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque alors avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d'amour.

La Sénégalaise Mariana Bâ est la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société. 

BANKS, Russel/ De beaux lendemains

Actes sud,1997 (Babel) trad. de l'anglais (États-Unis) par Christine Le Boeuf

L’existence d’une bourgade au nord de l’état de New York a été bouleversée par l’accident d’un bus de ramassage scolaire, dans lequel ont péri de nombreux enfants du lieu.

Les réactions de la petite communauté sont rapportées par les récits de quatre acteurs principaux. Il y a d’abord Dolorès Driscoll, la conductrice du bus scolaire accidenté, femme solide et généreuse, sûre de ses compétences et de sa prudence, choquée par cette catastrophe qui ne pouvait pas lui arriver, à elle. Vient Billy Ansel, le père inconsolable de deux des enfants morts. Ensuite, Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais qui se venge des douleurs de la vie en poursuivant avec une hargne passionnée les éventuels responsables de l’accident. Et enfin Nicole Burnell, la plus jolie (et la plus gentille) fille de la bourgade, adolescente promise à tous les succès, qui a perdu l’usage de ses jambes et découvre ses parents grâce à une lucidité chèrement payée.

Ces quatre voix font connaître les habitants du village, leur douleur, et ressassent la question lancinante — qui est responsable ? — avec cette étonnante capacité qu’a Russell Banks de se mettre intimement dans la peau de ses personnages.

Un membre permanent de la famille : nouvelles

Actes sud, 2015
trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan

 Un ancien marine éprouvant des difficultés à joindre ses fins de mois, un mari humilié qui rôde dans la maison de son ex-femme, un serveur déprimé qui invente à une inconnue une vie qui n’est pas la sienne pour la sauver d’un hypothétique désespoir, des hommes et des femmes qui, pour transcender leur existence ordinaire, mentent ou affabulent à l’envi, sous le soleil de Miami ou sous des cieux plus sombres… Dans ces douze nouvelles d’une extraordinaire intensité et peuplées de personnages cheminant sur le fil du rasoir, Russell Banks, convoquant les angoisses et les tensions où s’abîment les fragiles relations que l’être humain tente d’entretenir avec ses semblables, transmue magistralement le réel et le quotidien en authentiques paraboles métaphysiques.

L’art de la nouvelle est un exercice difficile ! En peu de pages, l’auteur doit « accrocher » et surprendre son lecteur et surtout réussir sa chute. Russell Banks le réussit magnifiquement en nous racontant des fragments de vie d’hommes et de femmes aux prises avec des moments cruciaux de leur existence. De ces douze nouvelles, une m’a particulièrement marqué « Blue », l’histoire d’une femme noire ayant fait des années d’économie pour s’acheter, enfin, une voiture. Elle se rend donc chez un marchand de voitures d’occasion pour faire son choix…En quelques lignes l’auteur plante le décor et au fur et à mesure de la lecture les battements de cœur vont s’accélérer et l’empathie pour le personnage de Ventana est totale, jusqu’à la chute où l’on se dit « C’est aussi ça l’Amérique ! ».

 

BARBERY, Muriel/ L’élégance du hérisson

Gallimard, 2006

"Je m’appelle Renée, j’ai 54 ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto incommodante, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’image que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.' 'Je m’appelle Paloma, j’ai douze ans, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai."

Trois personnages centraux dans ce roman, Renée, la concierge, Paloma, petite fille riche et un voisin japonais. L’alchimie va prendre chez ces trois-là – alors que normalement cela devrait être « bonjour, bonsoir » ! - Et c’est ce que nous raconte avec élégance et émotion Muriel Barbery. Les personnages sont attachants car ils ne sont pas ce qu’ils devraient être et c’est là tout le paradoxe !

BARTELT, Franz/ Comment vivre sans lui : nouvelles

Gallimard, 2016

Ces treize nouvelles mettent en scène une galerie de personnages ordinaires confrontés à l'absurdité de leur vie : un célèbre rhumatologue reconverti dans la chanson, un couple adultère qui court les vide-greniers le week-end, un artiste qui change continuellement de pseudonyme, des élèves de collège qui veulent faire « exploser » leur professeur par leur pensée collective...etc.

Autant dire que la lecture de ces nouvelles est assez jubilatoire ! On y trouve ici sous la plume de Bartelt l’absurdité avec un grand A, la loufoquerie et l’humour noir ! Bartelt manie tout cela avec art et on attend la chute chaque fois avec impatience en se demandant « Comment tout cela finira-t-il ? ». La fantaisie de Bartelt se retrouve jusque dans les noms et prénoms de ses personnages, en voici quelques uns : Fripounet Dencreuze, Tirbouche et Choubon, Bavarine, Raviola…Voici le titre de deux nouvelles que j’ai particulièrement appréciées : « Les Boules » et « Mise à mort ».

Le Testament américain

Gallimard, 2012

Le village de Neuville s'enorgueillit d'avoir vu naître, à la faveur d'un accident d'avion, l'illustre Clébac Darouin, milliardaire américain. Celui-ci est resté reconnaissant à ce coin de campagne de lui avoir permis de voir le jour, et il inonde le bourg de ses bienfaits. Son dernier cadeau est le plus somptueux : il offre par testament aux Neuvillois un cimetière hors normes. Chaque habitant y aura sa tombe, vaste comme une maison. La cité funéraire se bâtit à l'abri de murs, et chacun y a son petit palais de marbre. Le nouveau cimetière va bientôt attirer les journalistes (dont la jeune et trop excitante Anne-Marie), mais aussi quelques complications inattendues...

Deuxième lecture d’un livre de Bartelt, et je ne suis pas déçue ! Toujours aussi déjanté, drôle…Certes, Clébac Darouin offre un tombeau majestueux à chaque habitant de Neuville mais chaque Neuvillois compte bien profiter de leur tombeau avant leur trépas, chacun l’aménage à sa façon et pourquoi ne pas faire de ce cimetière un lieu touristique ? ! Bartelt a vraiment une inventivité littéraire et on en redemande ! Amis de la grivoiserie, de la sexualité débridée ce livre est pour vous !

BEGAG, Azouz/ Le Gône du chaâba

Seuil, 2005

Azouz est un petit garçon d’origine algérienne qui nous raconte la vie dans un bidonville (le Chaâba) près de Lyon. Il nous expose sa vie, et malgré sa différence de culture et sa différence sociale, il montre que la réussite et l’intégration sont possibles dans le monde scolaire… Ce roman a eu beaucoup de succès car c’est un joli livre, son auteur moins lors de sa prise de position pour le « droit de prêt en bibliothèque »

BEIGBEDER/Frédéric Windows of the world

Grasset, 2003

« Le seul moyen de savoir ce qui s’est passé dans le restaurant situé au 107ème étage de la tour nord du World Trade Center, le 11 septembre 2001 entre 8 h 30 et 10 h 29, c’est de l’inventer. » L’auteur écrit un roman à deux voix, celui de son héros malgré lui, un père divorcé et ses deux fils qui s’en vont vers l’inéluctable et de l’autre Frédéric Beigbeder lui-même en haut de la tour Montparnasse au restaurant « Au ciel de Paris » un an plus tard. Roman très réussi Ce 11 septembre 2001 était un sujet très délicat mais Beigbeder le réussi avec une écriture empreinte de gravité et beaucoup d’empathie pour ses personnages.

 

BESSON, Philippe/ « Arrête avec tes mensonges »

Julliard, 2017

Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier. Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.

1984. Philippe Besson nous dévoile une part de lui-même. Dans cette (auto) fiction l’auteur nous raconte son amour pour Thomas et l’impossibilité de montrer au monde cet amour. Ce sont aussi les années SIDA. Cette histoire, l’auteur l’a portée en lui pendant des décennies et cette lecture éclaire ses autres romans. Avec délicatesse et une sensibilité extrême - mais parfois avec un langage cru - Philippe Besson restitue l’intime profond, les sentiments très forts qui le lient à Thomas – et réciproquement – Ce roman est celui aussi de la perte, du manque de l’autre et de la mémoire qui n’a rien effacé. 

BICAIL, Morgane/ PhonePlay

Michel Lafon, 2016

 Ados à partir de 14 ans

Un soir, Alyssa, seize ans, reçoit un texto d’un mystérieux lycéen qui lui propose un jeu étrange : « Devine qui je suis et je serai à toi. » L’occasion pour la jeune fille de mettre enfin du piquant dans sa vie qu’elle juge d’un ennui mortel…quitte à prendre des risques. Jusqu’où Alyssa ira-t-elle pour un garçon dont elle ne sait rien ?

Je ne dirai pas vraiment que c’est un coup de cœur, plutôt la curiosité parce qu’écrit par une adolescente de 14 ans pour des adolescents. Roman résolument actuel puisque cette histoire est centrée principalement sur une relation via les SMS. Les plus : l’intrigue est bien menée avec rebondissements. Évidemment, il y a des maladresses d’écriture et de fond. On ne sait pas très bien où l’action se situe, dans un pays anglophone, en France ? Tous les personnages ont des prénoms anglo-saxons, les méthodes d’enseignement semblent correspondre également au modèle anglo-saxon (compétitions sportives, bal de fin d’examen…). Vers la fin l’on apprend que c’est bien en France que se situe cette histoire, que de confusions ! En lisant la 4ème de couverture je pensais que ce serait un roman d’apprentissage pour les adolescents… Ainsi qu’une mise en garde face aux nouvelles technologies et leurs dangers si l’on n’y prend pas garde. Hélas la fin est d’une conformité petit bourgeois qui déçoit beaucoup « Dix-neuf heures quarante, il devrait être là d’une minute à l’autre. Je tape du pied, stressée, et je profite des dernières minutes qu’il me reste pour passer une énième fois ma tenue en revue. Ma jupe bleu marine et mon chemisier blanc préféré… » et …Tout ça pour ça. Bref, les princes existent bel et bien si l’on croit Morgane Bicail. Je pense que malgré tout, les adolescents peuvent accrocher à cette histoire. Petite question : l’éditeur ne s’est-il pas autorisé quelques conseils de réécriture à cette jeune auteure ?

BLIXEN, Karen/ La ferme africaine

Gallimard, 1968 (Du monde entier)
trad. du danois par Yvonne Manceron 1ère parution en 1942

 

«J'ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong.» Ainsi commencent les souvenirs de sa vie au Kenya d'une jeune aristocrate danoise à la veille de la Première Guerre mondiale. Lorsqu'elle rejoint son mari dans ce pays, Karen Blixen est loin d'imaginer qu'elle y trouvera l'amour avec le mystérieux Denys Finch-Hatton, mais surtout qu'elle sera séduite par le Kenya et ses habitants. 

BOBIN, Christian/ Autoportrait au radiateur

Gallimard, 1997 (Folio)

 "... l'extrémité de leurs pétales noircit et se recroqueville comme un papier et que l'on approche d'une flamme. Ce soir ou demain au plus tard, je vais me séparer de vous, je ferai entrer de jeunes tulipes dans cet appartement, elles ne prendront pas votre place, elles poursuivront votre travail  et, comme vous, elles feront rebondir la lumière sur leurs joues fraiches... " A l’instar de cet extrait Christian Bobin nous distille tout au long de son livre des petites pépites poétiques sur son quotidien. Un vrai régal pour l’esprit !

 

BYATT, Antonia Susan./ Possession

Flammarion, 1993
trad. de l’anglais par Jean-Louis Chevalier

Un poète maudit de l’ère victorienne, Randolph Henry Ash, déchaîne les rivalités entre universitaires. Tous les coups sont permis pour mettre la main sur un manuscrit inédit, s’attribuer le bénéfice d’une information. Aussi, lorsque Roland Michell, jeune chercheur, découvre deux lettres du Maître, adressées à une inconnue, il met tout en œuvre sans tarder pour percer ce mystère biographique… Ce roman haletant, est à la fois : une enquête policière, roman d’amour, pastiche littéraire, satire d’un milieu avec ses jargons et ses petitesses. Couronné en 1990 par le prestigieux Booker Prize.