Les lectures 2017 sont intégrées dans le catalogue

photo mg

LAVOINE, Marc/L’homme qui ment

Le Livre de poche, 2016

« Tu vivais dans un film italien, comme si la vie n’était pas suffisante, pas assez colorée, pas assez tout court. Tu évoquais l’Algérie, ta frustration de ne pas avoir fait médecine à cause de… la guerre, l’argent, la vie et ton mariage peut-être trop tôt. En fait, tu noyais tous ces regrets dans le sexe des femmes, comme pour apaiser les douleurs de ta mémoire, pour soigner l’homme blessé de l’intérieur. Les filles, c’était du sirop, une médecine d’urgence pour apaiser les maux de l’âme et du cœur. Ça pesait dans mon cartable, et je partageais ça avec mon frère, qui essayait de temporiser, évoquant les blessures de Lulu. Ça me calmait de façon passagère, mais ça ne changeait rien. »

Comment vivre sa jeunesse et son adolescence quand votre père mène plusieurs vies ? Avec tendresse Marc Lavoine raconte ce père, tour à tour fantasque et pathétique. Ce père qui confie ses infidélités à ses fils les rendant coupables vis-à-vis de leur mère Michou. « Tu as jonglé plusieurs années avec maman et les trois maîtresses qui nourrissaient ta vie et finiraient par te la pourrir […] ». Cet homme, ce père n’est pas seulement volage, mais alcoolique et communiste avec la gouaille titi parisien ! Tout un portrait. Avec ce récit Marc Lavoine nous replonge dans les années 70 à Wissous – près l’Orly - qui est encore une ville campagnarde et pas encore tout à fait la banlieue. L’écriture est plaisante et parfois facétieuse […] « La fête du slip en long, en large et en travers. Quelle santé ! Quelle capacité à jouer, à faire semblant, à cacher. J’en reste encore baba. »

America : l'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue/ François Busnel dir.

Les Editions America, 2017

Je vous recommande chaudement de vous plonger dans la revue trimestrielle America, créée et dirigée par François Busnel. Il veut relater dans cette revue l'Amérique de Trump pendant les quatre années de son mandat.16 numéros se succéderont, pas un de plus, le temps du mandat présidentiel de Donald Trump. Dans ce 1er numéro vous pourrez lire : Trois mois dans l'Amérique de Trump, un entretien de l'ancien président Barak Obamasur la littérature et ce qu'elle peut apporter dans nos vies, un grand entretien avec Toni MorrisonLos Angeles par Alain Mabanckou, une petite histoire d'un grand livre Moby Dick de Melville et entre autres une nouvelle inédite de Francis Scott Fitzgerald  Reconnaissance de dette, le recueil sortira le 4 avril prochain (éd. Fayard-Grasset) sous le titre Je me tuerais pour vous et autres nouvelles inédites, traduites par Marc Amfreville. Cette revue comporte 192 p. et est richement illustrée. Bonne lecture !

 

LEPAGE, Emmanuel, LEPAGE, François/ La Lune est blanche

Futuropolis, 2014

« L’Antarctique. Le sixième continent. 14 millions de kilomètres carrés. Un dôme de glace enchâssé dans un socle rocheux. Le continent le plus sec, le plus froid,  le plus difficile d’accès. Le continent des superlatifs. Le monde des extrêmes. »                              En 2011, Yves Frenot, directeur de l’Institut polaire français, invite Emmanuel Lepage et son frère François, photographe, à intégrer une mission scientifique sur la base française antarctique Dumont d’Urville, en Terre-Adélie. Le but ? Réaliser un livre qui témoignerait du travail des savants. Yves Frenot leur propose, en outre, de participer, comme chauffeurs, au raid de ravitaillement de la station Concordia, située au cœur du continent de glace à 1 200 km de Dumont d’Urvillle. Le Raid, comme on l’appelle, c’est LA grande aventure polaire ! Pour les deux frères, ce serait l’aventure de leur vie, mais rien ne se passera comme prévu !

Voici un documentaire sur la mission de scientifiques en Antarctique, mais pas seulement. C’est aussi une aventure de fraternité dont l’œuvre des deux frères s’entremêle. Leurs dessins et photographies se complètent pour nous raconter leur expérience sur ces terres inhospitalières avec ces femmes et hommes scientifiques qui vivent durement loin des regards. Il y a aussi ce rêve de participer comme chauffeurs au RAID pour rejoindre la base Concordia afin de ravitailler la station mais…pays extrême, aventure extrême ! Une chose est sûre, l’humain est au centre de ce récit.

Ce livre a obtenu de nombreux prix dont celui de l’Académie de Marine, 2015.  

POUPON, Nicolas/ Une île à la mer

6 pieds sous terre éditions, 2017

   Quand Jean-Marc Marq, l’homme d’affaires, rencontre Jérôme Petitpas, le poète, on se dit rapidement que ces deux-là ne vont pas avoir forcément grand-chose à se dire. Oui mais voilà, la rencontre a lieu sur une minuscule île déserte où tous deux sont naufragés... Jérôme Petitpas est là depuis plusieurs années, tous ses compagnons d’infortune se sont noyés ou ont été mangés par les requins. Jean-Marc Marq vient juste de rejoindre l’île à la nage. Pour le paraphraser, on peut dire que « la journée commence plutôt mal ».

Les deux protagonistes vont-ils s’entendre ou s’étriper…car voyez-vous ils ont des vues sur la vie diamétralement opposées…alors quand on est naufragé sur un petit bout d’île de rien du tout, il va falloir composer avec l’autre. Humour absurde et burlesque garanti !

DIDIERLAURENT, Jean-Paul/ Le reste de leur vie

Gallimard, 2017

«Ghislaine de Montfaucon était la reine des tricheuses. Devenue maîtresse dans l’art de créer des mots, elle inventait elle-même les définitions qui finissaient par devenir réelles à ses propres yeux, et à ses propres yeux seulement. Un grijak? Mais si voyons, un grijak est un ours primaire à la fourrure très drue qui fréquentait le nord du continent américain à l’ère glaciaire.»

Mon premier maquille les gens de jour comme de nuit jusqu’au paradis et s’appelle Ambroise. Mon deuxième est la malicieuse Beth, grand-mère du premier. Mon troisième est une jolie auxiliaire de vie prénommée Manelle, dont mon quatrième, le vieux Samuel, est le patient favori (mais ne le dites surtout pas à Ghislaine, elle risquerait de se fâcher). Mon tout est une histoire d’amour, un hymne à la vie.

Par ces temps moroses la lecture de ce roman fait un bien fou ! En plus, on apprend plein de choses sur ce mystérieux métier de thanatopracteur. Ne vous inquiétez pas, ce roman n’a rien de mortifère au contraire c’est un hymne à la vie.

GOUDREAULT, David/ La Bête à sa mère

Stanké, 2015

« Ma mère se suicidait souvent. Elle a commencé toute jeune, en amatrice. Très vite, maman a su obtenir la reconnaissance des psychiatres et les égards réservés aux grands malades. Pendant que je collectionnais des cartes de hockey, elle accumulait les diagnostics. »

L’auteur, québécois, est travailleur social, poète et parolier. Dans ce roman, nous suivons un jeune délinquant, perdu dans sa folie - une sorte de anti-héros – à la recherche de sa mère à qui il a été enlevé dès l’âge de 7 ans lors d’une ixième tentative de suicide ratée de celle-ci. Ce personnage n’est pas sympathique : égotisé, méchant, raciste…L’auteur dans une interview dit qu’il s’est inspiré de ses rencontres dans les prisons où il anime des ateliers de slam, a fait lire le roman à des prisonniers et des gardiens. Ceux-ci ont affirmé qu’il y avait des vérités dans ce roman âpre. Il dit également que son personnage très marginalisé, dénonce des vérités dans sa folie d’où en exergue du roman « Même les horloges brisées donnent l’heure juste deux fois par jour »  Sagesse populaire. Deuxième volet de cette trilogie : « La Bête à sa cage » et le troisième volet « Abattre la bête ». L’auteur a obtenu « Le Grand Prix Littéraire Archambault » en 2011. Il est aussi le 1er québécois à avoir remporté la « Coupe du monde de poésie » à Paris.

BILAL, Enki/ Bug : Livre 1

Casterman, 2017

2041, en une fraction de seconde, le monde numérique disparaît, comme aspiré par une force indicible. Un homme, seul, malgré lui, se retrouve dans une tourmente planétaire.     

Ce génial Bilal, nous entraîne dans une histoire de science-fiction, mais est-ce bien de la science-fiction ? Car, j’en suis sûre, Bilal en écrivant et dessinant cette histoire avait quelque chose de précis en tête : avec les nouvelles technologies tout est géré par l’informatique, et si un jour un énorme bug paralysait la planète toute entière ? Très bon scénario qui fait froid dans le dos mais l’illustration est très belle, ouf ! Deux autres opus sont prévus, vivement la suite !

LOISEL, Mélanie/ Ma réserve dans ma chair : l’histoire de Marly Fontaine

Fides, 2017

Si je me suis tant intéressée à cette histoire, écrit Mélanie Loisel, c’est parce que cette jeune femme autochtone, qui a été écorchée par la vie, est bel et bien vivante. Contrairement à ses sœurs disparues ou assassinées, elle peut parler. Elle peut raconter son histoire comme bon lui semble, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines, ses rêves et ses désillusions, et même avec ses limites.

C’est par un geste courageux qui donne à réfléchir que Marly Fontaine a pris la parole.

«Le 20 avril 2017, dans le cadre de mon projet final d’université, je me suis fait tatouer sur mon avant-bras gauche le numéro 0800381101. 0800 signifie la communauté à laquelle j’appartiens, celle de Uashat Mak-Maliotenam. 3811 est mon identité. 01 veut dire que j’ai acquis mon propre numéro pour ma propre descendance. Je suis donc un numéro aux yeux du gouvernement canadien. Je suis le 0800381101.»

Originaire de Fermont, dans le Nord québécois, Mélanie Loisel œuvre dans le domaine des médias au Québec et au Canada depuis plus d’une douzaine d’années. On doit à cette globe-trotter une grande variété de reportages qui ont été diffusés à Radio-Canada et publiés dans divers journaux et magazines dont Le Devoir. Elle est l’auteure des ouvrages à succès Ils ont vécu le siècle. De la Shoah à la Syrie et Ma vie en partage. Entretiens avec Martin Gray.                                 

Diplômée en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, Marly Fontaine se consacre à son travail de création afin de sensibiliser les gens à la réalité des Autochtones et à leur histoire largement méconnue. Pour caractériser son travail de création, les médias n’hésitent pas à parler d’art coup de poing.

Si vous l’ignorez encore, les autochtones amérindiens vivent toujours dans des réserves attribuées par le Gouvernement fédéral du Canada. Entre 1831 et 1996, oui avez bien lu ! 1996, les enfants sont envoyés dans des pensionnats indiens. Ce sont des écoles religieuses financées par l’État créées pour assimiler les enfants autochtones dans la culture eurocanadienne. On peut appeler cela « un génocide culturel ». À cette lecture on ne peut qu’être en empathie avec les amérindiens.