ENDO, Shusaku / La fille que j’ai abandonnée

Denoël, 1994 trad. du japonais par Minh Nguyen-Mordvinoff

C’est l’histoire tragique d’une jeune fille nommée Mitsu, fragile, naïve, et séduite par Yoshioka. Pour celui-ci ce n’est que l’aventure d’une nuit. Aussitôt rencontrée et séduite, Yoshioka abandonne Mitsu sans aucune préoccupation que celle de réussir sa vie. Contre toute attente, quelques années plus tard, le souvenir de Mitsu s’ancre dans l’esprit de Yoshioka jusqu’à devenir obsédant. Il va la rechercher dans tout Tokyo et découvrir enfin ce qu’il est advenu d’elle. Fine analyse pleine de sensibilité pour des personnages que tout oppose. 

ERNAUX, Annie/L’autre fille

Nil, 2011
(Les Affranchis)

 Dans ce court texte destiné à cette « autre fille » - sa sœur – qu’elle n’a pas connu, Annie Ernaux raconte sa vie sans cette sœur, « la gentille, la petite sainte » qui n’a pas été sauvée de la maladie. Le secret de cette sœur, lui sera incidemment révélé par une conversation de sa mère à une voisine un dimanche d’été ; à la fin de la conversation elle entend sa mère prononcer ces paroles « Elle était plus gentille que celle-là » « Celle-là, c’est moi ». Toute la souffrance de l’auteur est dite dans cette phrase assassine. Annie Ernaux, avec ce livre, continue d’explorer son vécu : sa mère, son père, ses amants… Avec finesse et intelligence.

 

La Place

Gallimard, 2003 (Folio) Prix Renaudot 1984

Il n'est jamais entré dans un musée, il ne lisait que Paris-Normandie et se servait toujours de son Opinel pour manger. Ouvrier devenu petit commerçant, il espérait que sa fille, grâce aux études, serait mieux que lui. Cette fille, Annie Ernaux, refuse l'oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort de celui qui avait conquis sa petite «place au soleil». Et dévoile aussi la distance, douloureuse, survenue entre elle, étudiante, et ce père aimé qui lui disait : «Les livres, la musique, c'est bon pour toi. Moi, je n'en ai pas besoin pour vivre.» Ce récit dépouillé possède une dimension universelle. Ce texte nous raconte la mort du père, les rapports compliqués qu’elle avait avec lui en grandissant et s’élevant dans la société : très bonnes études jusqu’à l’agrégation, mariage, enfant vie en région parisienne… On est parfois un peu décontenancé par la distance que met l’auteur face aux évènements autobiographiques « En passant près du lit, à l’heure de sa sieste, l’enfant a demandé : « Pourquoi il fait dodo, le monsieur ? ». Malgré tout c’est un beau texte à l’écriture fluide.