FERNEY, Alice/Grâce et dénuement

Actes sud, 2000 (Babel)

 Dans un décor de banlieue, une jeune bibliothécaire, Esther, est saisie d’un désir presque fou : celui d’initier à la lecture des enfants gitans privés de scolarité. Elle veut amener le livre – par le biais des enfants - là où il n’y en a pas. Elle se heurte d’abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu’inspirent les gadjé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps qu’elle entrevoit le destin d’une famille sur laquelle règne une veuve, mère de cinq fils. Très beau roman à l’écriture élégante et toute en sensibilité, qui restitue les conditions de vie des gitans parqués dans des camps en banlieue parisienne. Cette histoire donne de l’espoir.

 

FERRANTE, Elena/ L’amie prodigieuse

Gallimard, 2016 (Folio) Trad. de l’italien par Elsa Damien

«Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.» Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.                                             On suit avec beaucoup de plaisir la vie de ces « deux amies » au caractère différent - de l’enfance à l’adolescence - dont la vie va prendre des directions opposées dans le baby boom de l’Italie des années cinquante, dans les quartiers pauvres de Naples, avec les joies, les envies, les chagrins, le « poids » de la famille et des convenances.

L’amie prodigieuse . T.2 Le nouveau nom. Jeunesse

Gallimard, 2016 (Folio) trad. de l’italien par Elsa Damien

« Si rien ne pouvait nous sauver, ni l’argent, ni le corps d’un homme, ni même les études, autant tout détruite immédiatement. »

Le soir de son mariage, Lila, seize ans, comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qu’elle déteste. De son côté, Elena, la narratrice, poursuit ses études au lycée. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia. L’air de la mer doit aider Lila à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano.

Ce second volume de cette saga italienne verra Lila et Elena prendre des chemins diamétralement opposés. Lila dont le caractère « rebelle » ne veut pas se plier aux diktats du petit monde qui gravite autour d’elle, à commencer par celui de son mari qui la « corrige » quand il le faut. Son intelligence, ses capacités d’écriture se sont envolées ! Résistera-t-elle aux pressions et aux aléas de la vie ? Quant à Elena, qui met un point d’honneur à réussir et être la meilleure dans toutes les matières, soutenue par son institutrice, ira au collège puis fréquentera le lycée et fera des études supérieures mais éprouvera quelques difficultés à s’intégrer face au décalage de classe sociale. L’amitié des jeunes filles subira des éloignements, des jalousies, des rancœurs mais aussi de l’admiration, de l’affection que l’auteur restitue finement en analyse des émotions et des sentiments exacerbés.   

FOENKINOS, David/ Bernard

Les Editions du Moteur, 2010

C’est arrivé comme ça, comment ? Il ne sait plus très bien, mais à cinquante ans passés, le voilà de retour chez ses parents ! Et le revoilà devenu petit enfant « Ici on dîne à sept heures » s’indigne le père – il a deux minutes de retard – Petit roman bien dans l’air du temps où la vie de chacun peut basculer d’un moment à l’autre quand tout s’enchaîne (divorce, perte d’emploi…) mais c’est une histoire caustique et pas triste puisque les protagonistes ouvrent enfin les yeux et n’acceptent plus l’inacceptable et les faux-semblants !

La Délicatesse

Gallimard (Folio), 2009

 

Ce roman est l’histoire d’une rencontre – pour le moins originale – d’un amour heureux… quand survient la catastrophe. François est renversé par une automobile et décède sur le coup. Pour Nathalie, la vie s’écroule d’un coup et elle se carapace dans une forteresse de tristesse… Peut-on aimer de nouveau ? Roman tout en délicatesse comme l’indique son titre.

 

Charlotte

Gallimard, 2016 (Folio)

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale - sa sœur tant aimée se suicide – Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter et se réfugier en France, séparée de sa famille. Exilée, elle entreprend une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. L’auteur fasciné par cette artiste a mené une véritable enquête en partant à la recherche d’une vie hors du commun pour la remettre en lumière. Très beau texte, écrit sous la forme d’un long poème. Quand j’ai refermé ce livre, je n’ai qu’une envie : découvrir les œuvres de Charlotte Salomon au musée juif d’Amsterdam.

FORD, Richard/Canada

Ed. de l’Olivier, 2013 – Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun

« D’abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres… » Le décor est planté. 1960. C’est Dell, 15 ans, qui nous raconte cette histoire de hold-up raté et ce qui en découle pour la famille : l’arrestation du couple et la fin de l’innocence pour Dell et Berner sa sœur jumelle, qui se retrouvent livrés à eux-mêmes. Cette dernière préfère fuir avant d’être prise par les services sociaux. Dell, lui, se laisse emmener par une amie de sa mère au Canada, au fin fond du Saskatchewan, vivre avec un certain Remlinger, personnage mystérieux qui ne semble pas d’un premier abord s’intéresser à Dell et qui plus est, recherché aux Etats-Unis… Remlinger le fait travailler dans l’hôtel qu’il possède mais le loge dans une maisonnette délabrée traversée par les courants d’air… Roman d’apprentissage et de résilience familiale, ce récit est également celui des grands espaces sauvages et violents comme peuvent l’être les humains.

 

FRAIN, Irène/ Les naufragés de l’île Tromelin

Michel Lafon, 2009

 

En 1761, le navire l’Utile, commandé par Lafargue, talonne sur des écueils et fait naufrage dans l’océan indien. Le navire transportait une cargaison secrète : des esclaves noirs. Sur ce bout de rocher inhospitalier où les rescapés trouvent refuge, les blancs et les noirs vont devoir cohabiter pour survivre. Ensemble, ils construisent un bateau pour s’échapper mais… pas assez de place… les noirs restent à terre ! On leur promet qu’on reviendra les rechercher très vite. Quinze ans ont passé. On retrouve sur cet îlot sept femmes et un bébé. Ce roman tiré d’une histoire véridique est très bien documenté et décrit bien l’enfer et la tragédie des survivants. Condorcet, ému et révolté, mènera un combat pour l’abolition de l’esclavage.

 

FRECHE, Emilie/ Chouquette

Actes Sud, 2010

 

Les grands-mères ne sont plus ce qu’elles étaient, mai 68 est passé. Et Chouquette ne veut pas qu’on l’appelle Mamie au grand dam de sa fille Adèle, c’est donc tout naturellement qu’elle reprend le surnom de ses jeunes années. Chouquette, donc, va être confrontée à la garde de son petit-fils contre son gré pour cause de varicelle et parce que les parents sont partis sauver le monde en Afrique. Chouquette est en crise, comme le monde qui marche sur la tête sur fond de krach financier. Chouquette se noie dans des fêtes tropéziennes pour oublier la séparation d’avec son mari, la mésentente avec sa fille, la perte de la jeunesse… Mais elle sera confrontée à la réalité grâce à ce petit-fils Lucas. Satire sociale avec humour et grincements de dents qui glisse progressivement à une réflexion plus grave et plus intime sur le sens de la vie tout simplement.

 

FREGNI, René/ Sous la ville rouge

Gallimard, 2013 (Blanche)

Charlie Hasard habite à Marseille. Ce solitaire ne connaît que deux passions : l’écriture et la boxe. Il a subi de nombreux échecs auprès des éditeurs, et trouve un exutoire dans les séances d’entraînement. Quand un de ses textes attire enfin l'attention d’un éditeur parisien, Charlie est persuadé que sa vie va enfin changer… C’est en réalité le début pour lui d’un effrayant engrenage.

Toute en écriture sensible, René Frégni nous conte l’inexorable et effroyable descente aux enfers d’un homme qui n’avait qu’un rêve : devenir écrivain. Après un ultime refus, alors qu’enfin la porte semblait grande ouverte, Charlie Hasard commet l’irréparable. René Frégni sait rendre ses personnages sympathiques et on souffre en même temps que Charlie, on l’accompagne dans les affres de la douleur et de la mortification. Sans être vraiment un polar, le suspense va en crescendo. C’est aussi bien sûr un livre sur la création littéraire.