HAMILTON, Hugo /Sang impur

Phébus, 2004
trad. de l’anglais (Irlande)
par Katia Holmes

Né à Dublin en 1953, d’un père irlandais et d’une mère allemande, Hugo Hamilton connaît une enfance difficile. Journaliste de métier, il écrit Sang impur, roman autobiographique qui obtint en 2004 le Prix Fémina étranger.

Roman autobiographique ou autobiographie en forme de roman, Sang impur évoque l’enfance de l’auteur dans le Dublin pauvre des années cinquante et soixante, entre une mère allemande que les braves gens du coin traitent de nazie - alors qu’elle est issue d’une famille où l’on détestait Hitler - et un père délirant engagé dans le combat nationaliste irlandais pur et dur, qui exige qu’aucun mot d’anglais ne soit prononcé sous son toit.

Pour les gamins de cette drôle de famille, la violence est partout : à l’école où on les traite en parias, dans la rue où les graffitis en forme de croix gammée fleurissent sur leur passage, et jusqu’à la maison par la main du père frappeur, pitoyable et risible tout ensemble, qui impose ses lubies à coups de taloches, mais échoue lamentablement dans toutes les entreprises de la vie.

A lire également : Berlin sous la Baltique (2005),Déjanté (2006) tous deux chez Phébus.

HARRISON, Jim/ Une odyssée américaine

Flammarion, 2009
trad. de l’anglais (Etats-Unis)
par Brice Matthieussent

 

À soixante-deux ans, Cliff, plaqué par sa femme, est à un tournant de sa vie. Il décide de tout quitter et prend la route au gré de ses envies pour reprendre un nouveau souffle. Il est bientôt rejoint par Marybelle, une ancienne étudiante avec qui il vit une relation enflammée. Il traverse les états en les renommant du nom d’une tribu indienne et nous découvrons une Amérique et des Américains bien-pensants heurtés par les faits et dire de Cliff… Ce voyage lui apportera-t-il le second souffle tant recherché ?

 

HARRISON, Kathryn/ La femme phoque

Lattès, 2003
trad. de l'anglais
(États-Unis) par
Sylvie Schneiter

 Alaska, 1915. Un jeune scientifique, Bigelow est envoyé par le gouvernement américain pour installer un observatoire météorologique. Son travail si passionnant soit-il, il connaît peu à peu l’isolement dans cette terre enveloppée dans la pénombre hivernale et la vie rude qu’elle génère. Sa rencontre avec l’Aléoute, femme indigène, qui se complaît dans un silence énigmatique en lui offrant son corps transforme sa perception du monde qui l’entoure. Ses rencontres avec l’Aléoute dynamiseront son travail de recherches à la construction d’un cerf-volant qui percera les mystères du ciel. Alors quand elle disparaît sans crier gare, Bigelow arpente sa maison vide où il ne subsiste plus rien des moments forts passés avec la femme ; il est très perturbé par ce manque et sa seule pensée est « reviendra-t-elle ? » Roman sur l’essence du désir inextinguible pour l’homme et de la liberté d’action pour la femme.

 

HAUSHOFER, Marlen/ Le mur invisible

Actes Sud, 1985 trad. de l'allemand par Liselotte Bodo, Patrick Charbonneau et Jacqueline Chambon

 

Voici le roman le plus célèbre et le plus émouvant de Marlen Haushofer, journal de bord d’une femme ordinaire, confrontée à une expérience-limite. Après une catastrophe – on ne saura pas laquelle - l’héroïne se retrouve seule.  Ces amis qui l’accueillent, partis la veille faire des courses au village ne rentrent pas – Seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s’être pétrifiée durant la nuit. Tel un moderne Robinson, elle organise sa survie en compagnie de quelques animaux familiers, prend en main son destin dans un combat quotidien contre la solitude (elle tient son journal), la forêt, les intempéries et la maladie. Et ce qui aurait pu n'être qu'un simple exercice de style sur un thème à la mode prend dès lors la dimension d’une aventure bouleversante où le labeur, la solitude et la peur constituent les conditions de l’expérience humaine. Les thèmes de la solitude, l'enfermement, sont récurrents dans l'oeuvre de l'auteur. Roman très fort, il est de ceux que l’on relit.

 

Nous avons tué Stella

Actes sud, 1995
trad. de l'allemand
par Yasmin Hoffman, Maryvonne Litaize

 Quand une jeune fille de vingt ans passe sous les roues d’un camion, qui oserait mettre en doute la version officielle concluant à une mort accidentelle ? Qui, sinon celle qui avait tout prévu et, impuissante ou indifférente, assista jour après jour à l’émergence du drame ? Voici donc la confession de l’épouse trompée qui a épié sur le visage de l’étudiante éblouie par l’amour, après les émois du début, les troubles de la rupture, l’affolement et, pour finir, le désespoir. Marlen Haushofer dénonce ici l’hypocrisie d’un couple et son meurtre impuni.

 

HEIJMANS, Toine/ En mer

Christian Bourgois, 2013 trad. du néerlandais par Danielle Losman

 

Las du quotidien de sa vie de bureau, Donald décide de partir naviguer seul, pendant trois mois en mer du Nord. Maria, sa fille de sept ans, le rejoint pour la dernière étape qui doit les ramener du Danemark aux Pays-Bas, où ils retrouveront sa femme. La mer est belle, une réelle complicité entre le père et la fille devrait faire de cette croisière un pur moment de bonheur. Mais le temps se gâte, l’horizon se couvre de gros nuages noirs… Voulant s’assurer que sa fille va bien, Donald se glisse dans la petite cabine à l’avant, tâtonne dans le noir… mais ne trouve que le vide… Maria a disparu. Ce texte court sans temps mort, nous renvoie à nous-mêmes et à la conséquence de nos actes ainsi que notre rapport aux autres. C’est aussi l’art de l’écriture, car cet auteur dans ce récit sait nous surprendre.

 

HISLOP, Victoria/ L’île des oubliés

Les Escales, 2012

 

Alexis, une jeune anglaise, ignore tout de l’histoire de sa famille maternelle dont sa mère se refuse à parler. Elle décide de partir pour ce petit village crétois. Arrivée sur place, elle y fait une terrible découverte : l’île de Spinalonga se dresse au-dessus des flots, une colonie de lépreux vivait là… où son arrière-grand-mère aurait péri. Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d’Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune Alexis a décidé coûte que coûte de lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets… Saga familiale bouleversante et plaidoyer vibrant contre l’exclusion, ce roman a conquis le monde entier avec ses personnages inoubliables.

 

HUGHES, Richard/ Péril en mer

Phébus, 1996
trad. de l’anglais
par Jean Talva

 

Quand ce livre parut à Londres, la critique l’égala d’emblée au fameux Typhon de Conrad. Richard Hughes, l’un des meilleurs romanciers de l’époque, aimait à raconter qu’il avait passé dix années de sa vie à rédiger les 250 pages de ce récit, description quasi clinique de la vie d’un navire pris dans la tempête. Il était lui-même convaincu que pour évoquer sans tricher le dénuement de l’homme face aux éléments déchaînés, il fallait un livre nu, dépouillé de tout artifice, de toute fausse séduction. Il y a comme une froideur janséniste dans ce texte voué d’abord à l’analyse du cheminement de la peur. Une peur que le lecteur est invité sans ménagement à partager, minute après minute. Que le récit, dès lors, le ramène ou non à bon port, peu importe. Il sait dès les premiers chapitres qu’il n’en sortira pas indemne.

Richard Hughes est l’auteur d’un autre roman où la mer et ses cruautés tiennent les premiers rôles : Cyclone à la Jamaïque, 1929 (réed. Phébus, 1994).

 

HUGO, Victor/ Claude Gueux

Le Livre de poche, 1995 (Libretti)

Avec l’histoire de Claude Gueux (qui a vraiment existé), Victor Hugo affirme sa position du refus de la peine de mort et son intérêt pour les gens de peu, les déshérités. 1831, Claude Gueux, pauvre ouvrier mais au caractère élevé, a volé du pain pour se nourrir. Mis en prison, il a une conduite exemplaire jusqu’au jour ou séparé de son compagnon de cellule sur ordre du directeur, il tue celui-ci.

Claude Gueux est un récit poignant. Cette nouvelle a été enregistrée sur CD audio par le comédien Jean-Claude Dauphin et la lecture qu’il en donne de sa voix profonde accentue la dramaturgie de l’histoire.

HUSTVEDT, Siri/ Un été sans les hommes

Actes Sud, 2011 trad. de l'anglais (États-Unis) par Christine Le Boeuf

Ce roman est une chronique intimiste qui débute mal. Mia, la cinquantaine, est lâchée par son conjoint qui s’accorde une pause française, entendez par pause française, une jeune femme de vingt ans de moins qu’elle. Sa vie s’effondre et elle devient momentanément folle, est internée. À sa sortie elle décide de rejoindre sa mère octogénaire qui vit dans une maison de retraite dans le Minnesota avec quelques amies. Elle monte un atelier de poésie où sept adolescentes suivent ses cours. Dans ce roman sont évoqués la confusion des sentiments, la rivalité, l’amitié sincère, la lecture de soi.

Un livre sans les hommes, mais ceux-ci sont bien présents dans les pensées, les souvenirs…

HUY, Minh Tran/ La double vie d’Anna Song

Actes Sud, 2009

Anna Song, "la plus grande pianiste vivante dont personne n'a jamais entendu parler", laisse derrière elle une œuvre discographique sans précédent. Malgré la maladie, et dans un engagement du corps et de l'âme, proche de la ferveur, elle a voué ses dernières années à arpenter, avec une indéfectible justesse, un territoire musical des plus vastes. Gardien du temple et architecte de la légende : Paul Desroches, son mari et producteur. Mais tandis que celui-ci raconte la femme aimée, de l'émerveillement enfantin aux patientes années d'une vie partagée dans une sorte de culte de la beauté, le scandale éclate. Anna Song n'aurait pas enregistré une seule note de sa discographie, pillée ailleurs par l'amoureux démiurge. Imposture, falsification, trahison : au concert de louanges nécrologiques succède le tapage de l'opprobre, relayé par des médias d'autant plus féroces que bernés. C'est un fascinant jeu de miroirs qu'orchestre ici Minh Tran Huy dans un deuxième roman qui confirme l'avènement d'un univers d'une impressionnante cohérence. Où l'on retrouve l'omniprésente absence du pays des origines, le Viêtnam, dont la réalité floutée par le temps et l'éloignement s'enracine dans un silence peuplé de contes. Et aussi cette petite musique envoûtante, cette opacité impavide plus généreuse qu'elle ne s'affiche, qui évoque irrésistiblement les eaux calmes d'un lac, sous lesquelles se jouent - et demeurent - les plus violentes tragédies. Tombeau du premier, du grand, de l'unique amour, entre ode et plaidoyer, La Double Vie d'Anna Song révèle et défend la folie d'aimer, mais aussi le droit à inventer des vies à la hauteur de cette folie. Ce roman est tiré - pour partie - de l’histoire de Joyce Hatto, pianiste. 

HUTH, Angéla/ Amour et désolation

Quai Voltaire, 2002
trad. de l’anglais
par Lisa Rosenbaum

George Elkin, jeune diplômé d’Oxford, ne gérera pas le cabinet d’avocats de son père qui vient de mourir. Depuis toujours il rêve de reprendre la ferme familiale. Il va se lancer dans cette aventure bucolique avec l’aide de deux amis d’enfance qui exploitent une propriété voisine : Prodge et sa sœur Nell. C’est au moment où l’amour de Nell pour George s’épanouit qu’il reçoit la visite de Lily, une copine d’université. Lily va s’installer. Rêves et désirs vont tourner à la pire confusion tandis que l’Angleterre rurale affronte une crise dramatique.

Angela Huth analyse finement la psychologie des personnages. Récit toute en lenteur comme la vie qui s’écoule à la campagne avec cependant les problèmes de notre temps : fièvre aphteuse, vache folle… Sans oublier les sentiments amoureux.

Quand rentrent les marins

Ed. Quai Voltaire, 2013 trad. de l’anglais
par Anouk Neuhoff

 Myrtle est aussi réservée, sage et modeste qu’Annie est pétulante, séductrice et vaniteuse. Élevées dans un petit port perdu au fin fond de l’Écosse, elles ont appris ensemble à devenir des femmes. Des femmes de marins pêcheurs, dont le lot quotidien est lié à chaque caprice de l’océan, au retour de leur homme, aux rumeurs qui enflamment tout le village dès qu’un étranger en frôle le pavé… Patiemment, Myrtle s’emploie à calmer les tocades passagères de son amie et à pallier sa négligence à l’égard de Janice, l’unique fille d’Annie. Jusqu’au jour où survient le pire, et où le drame emporte avec lui tous les remparts contre les déchaînements des passions. Contre ces non-dits qui éclatent avec d’autant plus de force qu’ils ont été si savamment et si longtemps protégés. Angela Huth n’a pas son pareil pour raconter les femmes, les sentiments et bien sûr l’amour.

Tendres silences

Quai Voltaire, 1999 .- Traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Henri Robillot

    William Handle a fondé un quatuor à cordes qui se produit depuis plus de vingt ans. Ce sont de bons musiciens et ils ont du succès. La femme de William, Grace, est un peintre amateur qui travaille depuis des années à un album de fleurs pour enfants. Les Handle sont mariés depuis longtemps. Ils ont atteint ce point de leur vie conjugale où le silence, qui signifie une acceptation heureuse des habitudes de l'autre, est un mode de vie. Un des membres du quatuor part. Il est remplacé par une jeune femme, excellente violoniste, gaie et ravissante. Aucun des musiciens n'échappe à son charme, mais William en devient si épris qu'il échafaude des plans pour se débarrasser de son épouse et être libre. De son côté, Grace a rencontré un jeune homme inquiétant dont la pensée remplit le vide de ses journées d'un frisson doux-amer. Le silence s'alourdit dans le couple alors que chacun s'enfonce dans ses obsessions amoureuses et que plane la menace de la violence et de la trahison.                     Dans la première partie de ce roman, Angela Huth nous campe savamment les personnages. William tout à sa musique et son quatuor et la jeune violoniste qui finit par obséder ses pensées. Grace, à sa peinture, son mal-être qui ne dit pas son nom, sa bizarre relation avec son jeune voisin…  Dans la deuxième partie du roman l’histoire s’emballe, l’auteur nous promène et on hésite entre rire, cocasserie et effroi, j’irai même jusqu’à dire que parfois on frôle le surréalisme ! Un très bon roman mené de mains de maître.