O’CONNOR, Joseph/ Inishowen

Phébus, 2003 (Libretto) trad. de l’anglais (Irlande) par Pierrick Masquart

 Dès les premières lignes, le ton est donné. Deux êtres malmenés par la vie vont se rencontrer. D’un côté un homme, Martin, inspecteur de son état à Dublin et alcoolique, de l’autre, une femme, Ellen, gravement malade décide de quitter New York où elle réside pour s’en retourner dans son Irlande natale. Ils décideront de fuir ensemble dans le nord du pays à Inishowen. Point de romance ici, l’auteur nous convie à parcourir les méandres de l’âme humaine.

O’FAOLAIN, Nuala/ L’Histoire de Chicago May

Sabine Wespieser Ed., 2006
trad. de l’anglais (Irlande) par
Vitalie Lemerre

L’auteur nous explique pourquoi elle a eu envie d’écrire cette histoire « Je savais que, avant mon époque, il existait très peu d’autobiographies écrites par des Irlandaises […]. Il me suffit d’entendre parler du livre de May pour vouloir le lire »

L’amour, le crime et un destin exceptionnel de femme au tournant du XXe siècle : tous les ingrédients du romanesque sont réunis. Tour à tour braqueuse, prostituée, arnaqueuse, voleuse et danseuse de revue musicale, May avait une beauté magnétique qui tournait la tête des hommes.

O’FARRELL, Maggie/ La Maîtresse de mon amant

10/18, 2005 (Domaine étranger)
trad. de l’anglais par Michèle Valencia

A vingt-deux ans, Lily, que la vie ennuie un peu, vit chez sa mère et cumule trois emplois, sans conviction. Quand Marcus, un jeune architecte rencontré lors d'un vernissage, lui propose de partager son loft londonien, la jeune femme est immédiatement séduite par la proposition, et par le charme magnétique de son auteur. Mais, dès son arrivée dans l'appartement, Lily éprouve un sentiment de malaise : la chambre qu’elle doit occuper semble encore habitée, meubles, bibelots, vêtement, lit défait… L’ex-petite amie – Sinead - a disparue brusquement…Bientôt, elle aperçoit la silhouette de l’ancienne occupante à chaque coin de pièce ! Devient-elle folle ? Fantasme ou réalité ? Elle est bien décidée à résoudre ce mystère. Savamment construit, ce roman est composé de trois parties : Lily – Sinead et de nouveau Lily. L’auteur nous emmène dans le monde des dures relations humaines dont font partie l’amour, la haine, la trahison, la dépendance amoureuse. 

OLMI, Véronique/Numéro six

Actes Sud, 2002

La famille Delbast est catholique. Cinq frères et sœurs précèdent Fanny. À sa naissance son frère aîné a vingt ans. Dans cette fratrie, sa place est illusoire, son enfance est occultée, son identité le plus souvent réduite à un numéro pour éviter la confusion des prénoms. Petite fille solitaire, Fanny adore son père, mais il ne la voit pas. Trop de choses les séparent, trop de vie, de retenue aussi.

Véronique Olmi nous parle avec sensibilité de la famille, de la relation père/fille et la difficulté pour un enfant de faire valoir sa place au milieu de la fratrie.

Nous étions faits pour être heureux

Albin Michel, 2012

 Nous étions faits pour être heureux annonce le titre. Il est des moments clés dans la vie, où les êtres peuvent basculer sans vraiment l’avoir choisi. C’est ce qui arrive à Serge, la soixantaine, agent immobilier dans les beaux quartiers, marié à une belle jeune femme, Lucie, qui lui a donné deux enfants. Suzanne, mariée sans enfant, ni jeune, ni belle, plutôt ordinaire, est accordeuse de pianos et vit un amour tranquille auprès de son mari. Mais Serge et Suzanne vont se rencontrer, s’aimanter, s’aimer. Serge qu’un terrible secret – qu’il n’a jamais avoué à personne – trouble sa vie. « Tu mens, je le sais » « Tu me racontes des bobards » lui dit un jour Suzanne. Cette histoire d’amour - pas banale – va être l’occasion pour Serge de se livrer et de se délivrer d’un passé trop lourd. Comment assumer son rôle de père quand soi-même l’on a été un enfant d’un père violent ? Ce qui aurait pu être une histoire d’adultère quelconque, Véronique Olmi la transcende avec lyrisme.

O’RIORDAN, Kate/ Un autre amour

Editions Joëlle Losfeld, 2010
trad. de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni

Lors d’une échappée à Rome qui aurait dû être un voyage romantique – sans les enfants - pour Connie et Matt Wilson, tout bascule : Matt annonce à Connie qu’il ne rentrera pas avec elle. Il reste avec Greta, l’amour de jeunesse, qui est déboussolée par la mort de son jeune fils. Connie rentre seule à Londres et se demande si elle va tenir le coup face à ses enfants et son amie Mary. L’auteur nous fait cheminer dans les méandres du couple, de la famille et du passé qui ressurgit au fil des pages avec ses vérités qui font mal. Elle dissèque l’intime à petites doses savamment distillées et nous tient en haleine jusqu’au bout de l’histoire. Point de trémolo dans ce roman, mais une écriture toute une finesse pour décrire l’effondrement d’un couple et ses conséquences.

 

OTSUKA, Julie/ Certaines n’avaient jamais vu la mer

Phébus, 2012 trad. de l’anglais (Etats-Unis)
par Carine Chichereau

 De jeunes japonaises au début du XXème siècle ont bravé l’océan Pacifique pour aller épouser un fiancé qu’elles n’avaient jamais vu, qui leur avait promis bien-être et richesse… La traversée de l’Océan sera l’occasion de rêves projetés… Rien de tout cela n’est arrivé : nuit de noces brutale ressemblant à un viol, rudesse du travail aux champs, barrière de la langue, humiliation… rien ne leur sera épargné. Quand en 1941, les japonais attaquent Pearl Harbour, ces familles japonaises seront mises au ban de la société américaine, car ils sont soupçonnés d’être des ennemis potentiels. Des milliers de japonais seront « déportés » vers des camps de travail. Récit à plusieurs voix que ce livre. Ce « nous » incantatoire tout au long du récit, raconte sans pathos, la douleur, la peur, la violence faîtes à ces femmes, leurs enfants et leur famille. De la très belle écriture.

OVALDÉ, Véronique / Et mon cœur transparent

Ed. de l’Olivier, 2008

Sait-on jamais avec qui l’on vit ? Lancelot ne cesse de se heurter à cette question depuis que sa femme, Irina Rubinstein, a été victime d’un accident qui l’a précipitée au fond de la rivière Omoko. Déjà ébranlé par sa mort, il va immédiatement vivre un second choc en découvrant quels mystères entourent cette disparition. Un à un se dévoilent les secrets que sa femme avait pris soin de lui cacher. Devant la révélation qu’il existe bel et bien une autre Irina, inconnue de lui, il ne lui reste qu’à mener l’enquête et élucider cette énigme : que faisait Irina, ce jour-là, à Catano, au volant d’une voiture qui ne leur appartenait pas et dont le coffre contenait des objets pour le moins suspects…

Prix du livre France Culture Télérama

OUELLETTE, Sylvie/ Le Secret du docteur Barry

Ed. De Borée, 2013

Au XIXe siècle au Royaume-Uni, la jeune Margaret Bulkley afin de réaliser son rêve - devenir médecin - se fait passer dès son plus jeune âge pour un garçon. Engagée dans l’armée après de brillantes études, elle va, au cours de ses voyages, devenir une pionnière de la médecine préventive et un personnage aux excentricités réputées.

Mais comment vivre continuellement en camouflant son corps et ses pulsions de femme ; comment concilier sa véritable nature à la passion dévorante pour son métier ?

Roman historique et biographie romancée, très bien documentés – l’auteur est une scientifique – on assiste aux prémices de la médecine et l’on voyage des Caraïbes à l’Afrique en passant par l’île de Corfou. Le personnage de Margaret Bulkley, alias le Dr James Barry,est très bien défini dans sa complexité de double identité. Son opiniâtreté à devenir médecin - malgré les obstacles à surmonter – le dévouement aux autres, l’application de réformes pour la santé publique en font un roman passionnant.

Ce que je sais de Vera Candida

Ed. de l’Olivier, 2010

Formidable conteuse que Véronique Ovaldé qui nous transporte dans un pays imaginaire d’Amérique du Sud. Trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu’un destin, cela se brise.

OZICK, Cynthia /Le Châle

Ed. de L’Olivier, 1991
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso

Rosa, et sa nièce Stella marchent vers un camp. Rosa porte avec elle un châle dans lequel elle cache sa fille, Magda. Dans le camp, le châle protège l'enfant de la vue de tous. Mais Stella a trop froid, et vole le châle. Magda est à découvert sur la place du camp où un nazi va la jeter sur le mur d'enceinte électrifié. "On aurait dit un papillon touchant une vigne d'argent".

 Quarante ans plus tard, Rosa "vit" dans une maison de retraite payée par sa nièce Stella, en Floride, faux paradis matérialiste. Stella que Rosa surnomme « l'ange de la mort ». Stella veut oublier et veut que Rosa oublie également. Mais Rosa ne vit que par le châle qu'elle a retrouvé, ce châle "au goût d'amande et de cannelle", l'odeur de Magda, Magda qui revit chaque fois que Rosa étreint ce vieux châle usé. Récit poignant sur le devoir de mémoire de l’holocauste. Cynthia Ozick nous parle de la douleur intarissable avec pudeur. De « l’après » et son impossible et cruel présent.