SCHIRACH, Ferdinand von/ L’affaire Collini

Gallimard, 2015 (Folio ; n°6016)
trad. de l’allemand par Pierre Malherbet

Hans Meyer, une personnalité respectée de la haute société allemande et grand industriel, est sauvagement assassiné dans sa chambre d’hôtel à Berlin. Le jeune avocat Caspar Leinen est commis d'office pour assurer la défense de l'assassin présumé, un certain Fabrizio Collini. Ce dernier, n’a pas cherché à s’enfuir son crime accompli, comme il ne veut pas s’exprimer « Je n’ai rien à dire ». Ce crime est un mystère pour Leinen, quand il apprend que l’homme assassiné est le grand-père de son meilleur amis Philippe, disparu dans un accident tragique quelques années plus tôt. Cette affaire sera son premier « grand procès » et les recherches qu’il entreprend pour la défense de son client le mèneront dans cette période sombre de l’histoire de l’Allemagne. Roman court mais très prenant, on assiste au déroulement du procès, où la vérité éclatera au grand jour après des rebondissements et effets de manche des avocats de l’accusation et de la défense… L’auteur est avocat de la défense au barreau de Berlin depuis 1994.  

SCHLINK, Bernard/ Le liseur

Gallimard, 1999 (Folio) trad. de l’allemand par Bernard Lortholary

À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l’un de leurs rites consiste à ce qu’il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain.

Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l’insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Le roman débute je dirais « légèrement » par l’initiation amoureuse d’un jeune homme de 15 ans par une jeune femme de 30 ans puis Michaël retrouve Hanna sur le banc des accusés et l’histoire prend un tour dramatique entre l’héritage de l’ignominie nazie et la culpabilité de la génération suivante.

SEBOLD, Alice/ La Nostalige de l’Ange

Nil éditions, 2003 trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt

 Nom de famille : Salmon (saumon, comme le poisson) ; prénom : Susie. Assassinée à l'âge de quatorze ans, le 6 décembre 1973... Susie est au Paradis. Elle vient d'être violée et assassinée. Or, son aventure ne fait que commencer. Depuis le Ciel, elle observe avec tendresse et ironie ceux qui restent et se déchirent autour de sa mort : son meurtrier et le policier chargé de l'enquête, sa mère qui fuit au loin ou son père anéanti, sa sœur chérie qui découvre l'amour ou encore l'adolescent avec qui Susie n'a pu qu'échanger un premier baiser... Plus encore qu'un thriller, un roman d'amour à la fois déchirant, émouvant, surprenant..., un livre plein de grâce et d'une subtilité envoûtante, ou l'humour n'est pas absent. Susie égrène son histoire de douleur et d'espoir d'une voix à la fois naïve et omnisciente. Elle a la sérénité d'un ange mais la nostalgie d'une enfant morte trop jeune. L'intensité de ses mots est celle d'un être privé de chair qui vit à travers d'autres ce qui lui est désormais interdit : la douleur absolue, la rage, la passion, le désir et le plaisir, et, enfin, l'amour absolu. Ce ton unique dans la littérature fait de Susie un fantôme inoubliable. On ne sort pas indemne de ce roman. Alice Sebold a quarante-six ans à la parution de ce roman. Elle vit en Californie avec son mari, lui aussi écrivain. Le récit autobiographique du viol dont elle a été victime, Lucky, a été publié aux États-Unis en 2002, et en 2006 en France. Elle a également publié chez NiL éditions Noir de Lune en 2008. 

SEKSIK, Laurent/ Le cas d’Eduard Einstein

Flammarion, 2013

"Mon fils est le seul problème sans solution", écrit Albert Einstein en exil. Eduard a vingt ans au début des années 1930 quand sa mère Mileva, le conduit à l’asile. Le fils d’Einstein finira ses jours parmi les fous, délaissé de tous, dans le plus total dénuement. Trois destins s’entrecroisent dans ce roman, sur fond de tragédie du siècle et d’épopée d’un géant. Laurent Seksik dévoile un drame de l’intime où résonnent la douleur d’une mère, les faiblesses des grands hommes et la voix du fils oublié. L’Europe des années 1930 est en toile de fond de ce drame intime. Ce roman m’a beaucoup touché car Seksik ne juge pas le grand Einstein sur ses manquements familiaux, mais nous dit les désarrois de l’homme face à la montée du nazisme, l’exil en Amérique, le maccarthysme.

SEYVOS, Florence/ Le garçon incassable

Seuil, 2014 (Points)

Venue à Hollywood pour visiter la maison de Buster Keaton la narratrice met en parallèle deux êtres fragiles et forts à la fois. D’un côté il y a Henri (son frère adoptif), frêle et handicapé – la jambe et le bras gauche atrophiés – et aussi son mental qui est un peu bancal et qui subit de la part de son père une rude rééducation. De l’autre, Buster Keaton, grand acteur et cinéaste du cinéma muet. Sa carrière débute à l’âge de cinq ans, comme projectile dans un spectacle burlesque de ses parents. Entre gravité et burlesque, la vie de ces deux garçons incassables nous réjouit.

SHAFFER, Mary Ann, BARROWS, Annie/ Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Nil, 2009
trad. de l’anglais
par Aline Azoulay

Janvier 1946. L’Angleterre se remet difficilement de la guerre. Juliet Ashton, jeune écrivaine, cherche un sujet pour son prochain roman. C’est un parfait inconnu, un habitant de Guernesey qui va le lui fournir en lui adressant une lettre. Au fil des échanges épistolaires avec Dawsey Adams, c’est toute une communauté qu’elle va découvrir et surtout celui d’un club de lecture au nom excentrique : « le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » inventé pour tromper l’occupant allemand. Vient un jour où Juliet décide de traverser pour se rendre à Guernesey. Plein d’humour, d’humanité, parfois bouleversant, ce roman nous restitue une société qui n’a plus court.

SLIMANI, Leïla/Chanson douce

Gallimard, 2016 (Blanche)
Prix Goncourt 2016

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Bien que le roman débute en dévoilant le drame qui s’est déroulé, Leïla Slimani nous accroche à son histoire, en nous racontant par le menu la vie d’une famille et de la nounou qui s’occupe des enfants. L’auteur nous décrit le personnage de Louise, la nounou, qui est en même temps antipathique et terriblement attachante, dans sa naïveté touchante et sa fragilité psychologique. Le jeune couple Myriam et Paul, ne sont pas vraiment coupables de ce qui arrive, ils sont débordés par leur travail et ils se reposent entièrement sur Louise, la perle rare, qui se rend corvéable à merci tant elle voudrait rejoindre ce monde où elle n’a pas accès. Le suspense nous tient en haleine. Un très bon roman qui a obtenu le Prix Goncourt 2016.

SMILEY, Jane/ L’exploitation

Rivages, 1996
trad. de l’Anglais
(Etats-Unis) par Françoise Cartano

En 1979, dans l'Iowa, Larry Cook, un fermier orgueilleux et exigeant, décide un beau jour de partager son vaste domaine entre Ginny, Rose et leur cadette, Caroline, jeune avocate ayant quitté la ferme depuis longtemps. Pour les deux aînées, ce don ne représente qu'une juste récompense pour des années de travail pénible. Pour la cadette, c'est une mauvaise idée. Furieux, son père la déshérite. Les sœurs se déchirent, les couples se défont. Les secrets apparaissent. C'est la fin d'un monde, la mise à nu d'un homme, le père. Roman des grands espaces américains et…de l’intimité d’une famille qui se déchire. 

STEDMAN, M. L./ Une vie entre deux océans

Stock, 2013
trad. de l’anglais (Australie) par
Anne Wicke

Après l’horreur des tranchées, Tom Sherbourne devient gardien de phare sur l’île de Janus en Australie. À l’abri des tumultes du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel. Leur bonheur est entaché par l’impossibilité d’Isabel d’avoir un enfant. Jusqu’au jour où une embarcation vient s’échouer sur le rivage avec le cadavre d’un homme à son bord et un bébé sain et sauf et hurlant à plein poumons… Tom doit signaler à ses supérieurs le sauvetage de ce bébé, mais Isabel pense que cet enfant est un don du ciel et persuade Tom de ne rien dire. Le couple vit dans le bonheur et l’amour qu’ils portent à cet enfant grandit de jour en jour jusqu’à oublier qu’il n’est pas le leur. Ce choix aura des conséquences désastreuses. Ce beau roman interroge les liens du sang et de cœur. À cette lecture j’ai éprouvé de l’empathie pour ces personnages prisonniers de leur mensonge. Premier roman.

STOCKETT, Kathryn/ La couleur des sentiments

Ed. Jacqueline Chambon, 2010
trad. de l’anglais
(Etats-Unis) par Pierre Girard

 Années 60. Mississipi. L’Amérique vit à l’heure de la ségrégation mais Martin Luther King va bientôt dire devant une foule de 250 000 personnes « I have the dream… », John Kennedy va être assassiné….les blanches de la ville de Jackson ont toutes une bonne noire qui élève leurs enfants, fait le ménage, la cuisine pendant qu’elles font des parties de bridge et s’occupent de leur « Ligue ». Eugenia Phelan alias Skeeter (moustique) - baptisée ainsi par son frère parce qu’il la trouvait minuscule – rentre au domaine familial ses études achevées.

Alors que sa mère n’a de cesse qu’elle trouve un mari, Skeeter ne rêve que de devenir écrivain journaliste. Skeeter n’est pas comme les autres, alors quand son amie Hilly lui demande d’écrire un article pour promouvoir des toilettes extérieures pour les bonnes afin de se prémunir des microbes que véhiculent les noirs, la coupe est pleine pour Skeeter, d’autant plus qu’elle n’a plus de nouvelles de Constantine qui l’a élevée, partie sans un mot. Elle décide d’écrire un livre qui racontera la vie des bonnes noires au service des blancs. Un trio empreint d’amitié se forme, composé d’Aibileen, bonne chez Miss Leefolt, de Minny, bonne chez Celia Foote et de Skeeter qui braveront leur peur, les réticences et préjugés pour qu’enfin les « choses bougent ». Personnages très attachants, caractères bien trempés que ces femmes qui tour à tour nous racontent leur épopée. Il y a de l’humour aussi ce qui fait que ce premier roman est très réussi sur un sujet qui s’avérait difficile. Ce petit joyau nous fait découvrir la condition des noirs dans le sud des Etats-Unis. Profond et émouvant avec des personnages « Hauts en couleur » !Premier roman.

SULLIVAN COURTNEY, Julie/ Maine

Editions Rue Fromentin, 2013
Trad. de l’anglais (américain) par Camille Lavacourt

Pourquoi la vie de famille est-elle si compliquée ? Et comment faire quand la moindre conversation peut déclencher un drame ? Les femmes de la famille Kelleher (plusieurs générations) se posent les mêmes questions mais n'y apportent jamais les mêmes réponses. Réunies pour une dernière fois dans la maison de vacances, grand-mère, mère, fille et belle fille tentent de vivre ensemble malgré les secrets et les discordes passées. Cet été bouleversera leur existence.                                     Dans ce roman l’auteur nous parle aussi de la maternité, de la place des femmes dans la société, de l’alcoolisme…Roman très dense (plus de quatre cents pages) ou la psychologie des personnages et des caractères sont finement observés. Un bon moment de lecture pour celles et ceux qui aiment les sagas familiales.  

                                    

SWIFT, Graham/ Le Dimanche des mères

Gallimard, 2016 (Du monde entier)
Trad. de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek

 Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent visiter leur mère, le temps d’un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désœuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu’à ce que Paul Sherigham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée… Pour la première et dernière fois, Jane découvrira la demeure, la chambre de Paul, car Paul doit retrouver sa fiancée - le mariage doit avoir lieu dans une quinzaine de jours - Cette journée chaude et ensoleillée de mars, changera à jamais le cours de l’existence de Jane.

Avec ce roman, nous vivons au cœur de l’aristocratie anglaise déclinante, la Grande guerre est passée, laissant les familles endeuillées, l’industrialisation « galope » et les chevaux sont remplacés par les voitures. Court roman, mais puissant, grâce à l’écriture de Graham Swift toute en sensibilité et profondeur dans la description de la nature, des personnages et leurs   sentiments mais aussi l’amour des livres – Jane à accès à la bibliothèque de ses employeurs -   la création littéraire entre fiction et réalité. Excellent roman.