TANIZAKI, Junichirô/La clé (la confession impudique)

Gallimard, 2003 (Folio)
trad. du japonais par Gaston Renondeau
1ère éd. 1963

Un professeur d’université, à l’âge du démon de midi, n’arrive plus à satisfaire les exigences de sa femme plus jeune que lui d’une dizaine d’années et dotée d’un tempérament excessif. […] Il s’aperçoit que la jalousie est pour lui un incomparable stimulant…et fini par jeter sa femme dans les bras du fiancé de sa fille. La femme y trouve son bonheur mais continue d’être très exigeante envers son mari. Epuisé par temps d’effort, il finit par succomber à une attaque. Le récit de cette histoire, se fait par le journal intime que chacun des protagonistes tient au jour le jour en cachette de leur conjoint. Chacun accumule des mensonges tout en sachant pertinemment que l’autre le lit en cachette. Tout l’art d’écriture de Tanizaki explose dans ce roman : la construction du récit, la psychologie fouillée des personnages et la liberté de ton pour parler des choses du sexe. 

Le Meurtre d’O-Tsuya.

Gallimard, 2005 (Folio) trad. du japonais par Jean-Jacques Tschudin

O-Tsuya se sait belle et désirable et apprend vite à mettre les hommes à ses pieds. C’est une courtisane accomplie quand le naïf Shinsuke en tombe follement amoureux. Les histoires d’amour finissent mal en général et Tanizaki n’a pas son pareil pour narrer les passions amoureuses qui engendrent les pires folies.

Journal d’un vieux fou

Gallimard, 1990 (Folio) trad. du japonais par Gaston Renondeau

1ère éd. 1967

 Un vieillard qui a gardé le goût de l'amour s'éprend de sa belle-fille, ancienne danseuse de music-hall à la morale assez libre. Avec beaucoup d'intelligence, elle profite de son beau-père pour lui arracher des libéralités extravagantes et mener une vie de luxe. En compensation, elle lui accorde des privautés savamment limitées et le maintient dans une excitation qui s'exaspère d'autant plus qu'elle ne peut aboutir qu'à de lamentables démonstrations...

TARDIEU, Laurence/ Puisque rien de dure

Stock, 2006

Un jour en rentrant de l’école Clara, huit ans, disparaît. Comment faire face à cette tragédie ?Geneviève et Vincent n’y parviennent pas et leur couple se délite, chacun vivant cette absence, cette douleur intolérable l’un à côté de l’autre et non l’un avec l’autre. Près de quinze ans ont passé, Vincent reçoit une lettre de Geneviève : elle lui demande de venir car dit-elle « je meurs, je voudrais te revoir… ». Ecriture terrible et magnifique tout à la fois. Laurence Tardieu a su trouver les mots justes pour nous dire le deuil impossible.

TAYLOR, Glenn/ La Ballade de Gueule-Tranchée

Grasset, 2011
trad. de l’anglais
(Etats-Unis) par Brice Matthieussent.

Difficile de résumé ce roman tant il est foisonnant. C’est tout de même l’histoire de Gueule-Tranchée, née en 1903 en Virginie, d’une mère folle et bigote qui tente de le noyer car cet enfant – croit-elle – est l’enfant du diable. L’enfant survit mais reste défiguré par une maladie de la bouche qui le fera souffrir toute sa vie. Il est recueilli par une bouilleuse de cru qui calmera ses douleurs en lui faisant boire de la gnôle de sa fabrication dont elle tire ses revenus. Cet homme vivra mille vies mais il ne le sait pas encore. Tour à tour insurgé, ermite pendant vingt-cinq ans puis bluesman et enfin journaliste. Personnage haut en couleur que ce Gueule-Tranchée qui a aussi plusieurs noms ainsi que l’auteur qui est un véritable conteur.

TEULE, Jean/Le Montespan

Julliard, 2008

Voici l'histoire du cocu le plus célèbre et le plus insolent du siècle de Louis XIV...

En 1663, Louis-Henri de Montespan, jeune marquis désargenté, épouse la somptueuse Françoise « Athénaïs » de Rochechouart. Lorsque cette dernière accède à la charge de dame de compagnie de la reine, ses charmes ne tardent pas à éblouir le monarque ? À qui nulle femme ne saurait résister. D'époux comblé, le Montespan devient alors la risée des courtisans. Désormais, et jusqu'à la fin de ses jours, il n'aura de cesse de braver l'autorité de Louis XIV et d'exiger de lui qu'il lui rende sa femme.

Lorsqu'il apprend son infortune conjugale, le marquis fait repeindre son carrosse en noir et orner le toit du véhicule d'énormes ramures de cerf. La provocation fait scandale mais ne s'arrête pas là… Se dressant contre la légitimité du Roi, il sera exilé loin sur ses terres, ses enfants en pâtiront à l’instar de sa fille élevée dans un couvent et se laissant mourir de tristesse. Jean Teulé nous entraîne avec sa verve habituelle dans ce récit tout à la fois rocambolesque et drôle. Lecture savoureuse ! 

Charly 9

Julliard, 2011

Histoire terrible que celle de Charles IX, le plus calamiteux de nos rois de France. En effet, harcelé par sa mère et ses sbires, la vénéneuse Catherine de Médicis, obtient de son fils que soit ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy qui fera pas moins de 3 000 morts protestants, rien qu’à Paris ! Quand il se rendra compte de l’horreur qu’il a engendrée, Charly 9, deviendra fou et développera une maladie rare dont les symptômes évoquent son crime : il transpire le sang par tous les pores de sa peau décharnée. Il meurt 18 mois plus tard à l’âge de vingt-trois ans haï de tous [sa dépouille ira à la fosse commune]. Tout le talent d’écriture et d’empathie de Jean Teulé pour ce pauvre Charly 9 nous fait aimer ce roman où tout est vrai. Une écriture entre modernité et langage de la Renaissance fait de ce roman une réussite, où pointe parfois l’humour, pour adoucir la tragédie.

Fleur de tonnerre

Julliard, 2013

Jean Teulé nous narre avec sa verve inimitable l’histoire véridique d’Hélène Jégado - bretonne du 19 siècle. - surnommée Fleur de tonnerre par sa mère dès son plus jeune âge,car l’enfant blonde ramassait et cueillait toutes sortes de plantes et fleurs qui s’avéraient parfois vénéneuses. Sa mère la terrifie avec ses récits sur l’Ankou et autres légendes bretonnes. L’auteur nous emmène dans le sillage d’une vie d’empoisonneuse qui finira sur l’échafaud en 1852 à la cinquantaine. Cuisinière dévouée, persuadée d’avoir une mission à accomplir elle traversera la Bretagne de part en part – suivi par deux perruquiers normands (irrésistibles !) - Fleur de tonnerre distribue la « mort » comme d’autres des sourires. Rien de tragique dans la narration – on se surprend à sourire et même à rire - car Fleur de tonnerre a du caractère et ne s’en laisse pas compter jusqu’à sa fin ultime.

THOMAS, Chantal/L’Echange des Princesses

Seuil, 2013

1722. Pour consolider la paix avec l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans offre à Philippe V un mariage croisé entre leurs deux maisons : sa propre fille, Louise-Elisabeth de Montpensier (12 ans), épousera l’héritier du trône espagnol le Prince des Asturies (14 ans), et celle de Philippe V, Marie-Anne Victoire, (4 ans) le futur Louis XV (11 ans). Proposition acceptée. C’est l’effervescence des deux côtés de la Bidassoa. Grands préparatifs pour le départ en ce mois de janvier glacial, des princesses en carrosse qui se croiseront justement sur     le pont qui enjambe la Bidassoa. Voyage effroyable pour ces enfants déracinés mais promis à un avenir brillant. Chantal Thomas nous immerge tour à tour avec talent – entre humour et tragédie - dans les cours française et espagnole où l’on découvre la pauvre vie des rejetons royaux. Au XVIIIe siècle le respect de l’enfant n’existait pas ainsi que l’amour filial d'un parent envers son enfant.

THOMAS Matthew/Nous ne sommes pas nous-mêmes

Belfond, 2015
trad. de l’anglais
par Sarah Tardy

De son enfance dans un minuscule appartement du Queens d’après-guerre, fille unique d’un père camionneur idole du quartier, et d’une mère qui noyait sa mélancolie à grands coups de scotch, Eileen Tumulty a tiré un principe : toujours viser plus haut, ne jamais renoncer à sortir de sa condition. Faire des études, décrocher un diplôme d’infirmière : Eileen s’accroche, s’endurcit. Tomber amoureuse, épouser Ed : Eileen s’envole, elle a de l’ambition pour deux. Donner naissance à un fils, trouver la maison de ses rêves, former une vraie famille : Eileen veut encore plus, encore mieux. Et pourtant… Les rêves ne sont-ils jamais que des rêves ?

Sentir la menace, redouter le pire, se révéler dans l’épreuve. Et puis choisir de continuer à vivre, malgré tout. Près de 800 pages… mais on a du mal à lâcher ce roman une fois que l’on a commencé la lecture. Écriture magistrale, personnages dépeints dans leur âme profonde dans les épreuves qu’ils doivent subir, mais je ne veux pas dévoiler plus… À découvrir absolument. L’auteur né en 1974 est américain et professeur. Il mettra dix ans à écrire ce premier roman !

Remarqué par la critique, ce roman est donné comme un futur classique de la littérature américaine… On a hâte au prochain roman en espérant de pas attendre dix longues années !

TREICHEL, Hans-Ulrich/ Le Lac de Grunewald

Gallimard, 2014
trad. de l’allemand
par Barbara Fontaine

Paul aime Berlin. Pour lui, vivre dans un logement sur cour un peu sinistre à Kreuzberg, c’est toujours mieux que de mourir d’ennui dans sa Westphalie natale. Mais la vie fait régulièrement trébucher Paul, que ce soit dans sa modeste carrière universitaire ou sur la plage nudiste du lac de Grunewald. Lors d’un séjour à Malaga, il rencontre Maria, une jolie Espagnole dont il s’éprend. Malheureusement, Maria est mariée, enceinte même, et quand Paul quitte Malaga pour retourner à Berlin, ses mots d’adieu mal compris ne vont pas lui simplifier les choses. Sorte d’antihéros, on a du mal à s’intéresser au sort de Paul, qui se laisse mener par la vie sans prendre vraiment de décisions personnelles. Ce roman aurait gagné à être un plus enlevé au niveau du rythme.

TROLLOPE, Joanna/ La femme du pasteur

Les années de vaches maigres, la routine, le qu’en-dira-t-on d’une paroisse rurale anglaise ont usé Anna, la femme du pasteur. Elle trouve un emploi dans le supermarché voisin et s’installe dans une maison en ville. Sa métamorphose se trouve amplifiée par l’arrivée d’un riche et charmant intellectuel londonien. Anna, 42 ans, trois enfants, n’est pas une femme résignée. Les chaînes vont céder sous sa volonté de vivre. Joanna Trollope excelle à nous rendre attachants ces personnages ordinaires… À qui tout peut arriver.

TRUMBO, Dalton/ Johnny s’en va en guerre = Johnny got his gun

Seuil (Points), 1993 trad. de l’anglais
par Andrée R. Picard

Écrit en 1938, publié le 3 septembre 1939, deux jours après le début de la Seconde Guerre mondiale ce roman est un chef-d’œuvre de la littérature antimilitariste. Il a pour héros un soldat américain de la guerre de 1914-1918 atrocement mutilé par une explosion. Devenu ce mort-vivant dont l’âme s’agrippe à un corps qui n’est plus, il incarne, avec une puissance narrative stupéfiante, l’horreur vécue de toute guerre.

Ce livre mythique était lu dans les meetings pacifistes pendant la guerre du Vietnam. Encore et toujours d’actualité, il constitue sans doute la plus violente, la plus crue des dénonciations de la guerre. Ce livre m'a bouleversé et l'on ne peut qu'être plein d'empathie pour Johnny à qui cette maudite guerre lui a tout pris et le seul espoir qui lui reste est de mourir enfin. 

TSEDEN, Pema/ Neige

Ed. Picquier, 2013 trad. du tibétain par Françoise Robin
et du chinois
par Brigitte Duzan

                                                                               

 

Ces sept nouvelles plongent le lecteur au cœur du monde tibétain actuel, décrivant la rencontre de la tradition et de la modernité et faisant une place importante au bouddhisme. Auteur reconnu dans le monde tibétain. Certaines nouvelles sont écrites dans la tradition de contes telle Neige qui donne son titre au recueil.