Abbaye de Mortemer, France (Seine Maritime)
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PEAN, Pierre/ Ma petite France : Chronique d’une ville ordinaire sous l’Occupation

Albin Michel, 2017

En septembre 1939, la guerre vient bouleverser la vie des habitants de Sablé- sur-Sarthe. Cinq ans plus tard, deux balles sont tirées dans la nuque de « Papillon », un présumé collabo, par le chef FFI de cette petite ville de six mille habitants. Entre ces deux dates, c’est une France en réduction, vue du salon de coiffure familial, que nous raconte Pierre Péan, de la mobilisation à l’exode, de l’Occupation à la Libération : commerçants qui s’enrichissent au marché noir, prostituées du bordel local qui ne regimbent pas devant les nouveaux clients allemands, la résistance qui s’organise timidement. Ceux-là et d’autres traversent ce récit jusqu’à l’épuration, qui verra arrestations et règlements de compte, sous la direction du même commissaire de police qui obéissait aux ordres de Vichy. Pierre Péan fait revivre sa « petite France » grâce aux nombreux récits des derniers témoins et informations tirées des archives privées, départementales, nationales, ainsi que du Service historique de la Défense et des archives britanniques. En reconstruisant l’histoire de sa ville avec un fil rouge personnel, l’auteur nous livre une fresque inattendue de ces années tumultueuses, dont l’héritage se fait toujours sentir.

La petite histoire dans la Grande Histoire, Pierre Péan nous invite à Sablé-sur-Sarthe à découvrir ce que fut la vie de ses habitants pendant l’Occupation. Petite ville de 5000 habitants à l’époque, Pierre Péan fouille dans sa mémoire de petit garçon de 6 ans mais pas que bien sûr (témoignages de personnes ayant vécu cette période, archives…). Il nous raconte les actes de bravoure (les Résistants), les lâchetés de certains (dénonciation, marché noir, collaboration de toutes sortes…) et les faits survenus lors de la libération de Sablé pas toujours glorieux. Pierre Péan aurait pu écrire un gros roman avec toutes ses informations à l’instar d’Irène Némirovsky avec « Suite française », mais Péan a choisi le documentaire en grand journaliste d’investigation qu’il est !

ROBIN, Marie-Monique/ Les 100 photos du siècle

Chêne : Arte : Agence Capa : Ed. Binôme, 1999

C’est avec 100 photographies que Marie–Monique Robin nous fait traverser le siècle (1898-1997) afin de parcourir la mémoire collective et parfois individuelle. Chaque photographie est racontée par son auteur – dans la mesure du possible ou par les descendants – dans quelle condition elle a été prise, parfois commentée par la ou les personnes photographiées. Le livre s'ouvre sur l'année 1898 avec une photo du Saint Suaire. Le voyage dans le siècle se termine en 1997 avec une image transmise par le robot explorateur Sojourner depuis la planète Mars et assemblée par un ordinateur.

Nous retrouvons tous les grands photographes : Dorothea Lange, Cartier-Bresson, Ronis, Doisneau, Capa etc…Les photographies en noir et blanc - une vingtaine en couleur - sont toutes magnifiques, malgré les thèmes tragiques  qu’elles évoquent le plus souvent. C’est aussi un voyage dans l’histoire de la photographie que nous convie Marie-Monique Robin qui a été grand reporter à l’Agence Capa de 1989 à 1999. Elle est l’auteur de films documentaires aux sujets brûlants : Voleurs d’yeux sur le trafic d’organes en Colombie, Monsanto, notre poison quotidien…

STRASSER, Todd/ La Vague

Pocket, 2008
Trad. de l’anglais (États-Unis)
par Aude Carlier

Comment une expérience pédagogique peut-elle tourner au fascisme ? Le professeur d’histoire, Ben Ross, veut faire comprendre à ses élèves le mécanisme du nazisme. Il crée un mouvement expérimental qu’il intitule la Vague avec pour slogan « La force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’action ». Les élèves se prêtent à l’expérience qu’ils prennent comme un jeu au départ, mais le jeu tourne court quand certains élèves d’une docilité effrayante se laissent guider par le fondateur et abandonnent tout raisonnement individuel. Comment stopper cet effroyable engrenage ? L’auteur pour écrire ce livre s’est basé sur une expérience réelle qui a eu lieu dans les années 1970 aux Etats-Unis. Ce livre est devenu un manuel d’histoire en Allemagne.

Une femme à Berlin (Anonyme) : journal 20 avril - 22 juin 1945

Gallimard, 2003 (Témoins) trad. de l’allemand par
Françoise Wuilmart

La jeune Berlinoise qui a rédigé ce journal, du 20 avril 1945 jusqu'au 22 juin, a voulu rester anonyme lors de la première publication du livre en 1954, et après . À la lecture de son témoignage, on comprend pourquoi. Sur un ton d'objectivité presque froide, ou alors sarcastique, toujours précis, parfois poignant, parfois comique, c'est la vie quotidienne dans un immeuble quasi en ruine, habité par des femmes de tout âge, des hommes qui se cachent : vie misérable, dans la peur, le froid. S'ajoutent alors les viols, la honte, la banalisation de l'effroi. Document poignant car véridique et brut.

WEISSOVÁ, Helga/ Le journal d’Helga : témoignage et dessins d’une enfant rescapée de la Shoah

Belfond, 2013
trad. du tchèque par Erika Abrams

Helga a huit ans quand elle ouvre la première page de son journal. Nous sommes en 1938 et les nazis ont envahi Prague ; les écoles sont fermées, le père a perdu son travail et toute la famille est confinée dans l’appartement. Un à un, les amis et les proches disparaissent, les déportations commencent.

En 1941, Helga et ses parents sont envoyés à Terezín, ils y resteront trois ans. Et Helga raconte : les voyages interminables dans des conditions inhumaines, la faim, les maladies, la souffrance ; mais aussi l’amitié, les petits moments de joie, l’espoir. Et puis ce sera l’horreur à Mauthausen et Auschwitz. Et Helga écrit et dessine encore et encore pour obéir à la prière de son père : « Dis-leur ce que tu vois. » Son père, lui, ne reviendra pas. Elle écrira et dessinera jusqu’à sa déportation à Auschwitz en octobre 1944, elle confie alors ses cahiers et dessins à son oncle qui les sauvera en les cachant dans un mur. Après la guerre elle complétera son journal de Terezin et écrira celui des camps – car il était impossible d’écrire là-bas – elle écrira ses souvenirs comme ils reviennent à sa mémoire…

Témoignage unique d’une enfant rescapée de la Shoah. Au fil des pages on a le cœur qui se serre en pensant à ce que des millions de personnes ont vécu et toujours la même question qui taraude l’âme « Comment des cerveaux humains ont-ils pu engendrer une telle horreur ? ».