Silhouettes
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AUBENAS, Florence/ Le quai de Ouistreham

Ed. de l’Olivier, 2010

"La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu’en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l’impression d’un monde en train de s’écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J’ai décidé de partir dans une vieille ville française où je n’ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J’ai loué une chambre meublée. Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent, j’avais trop à faire là-bas. J’ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n’ai plus quitté mes lunettes. Je n’ai touché aucune allocation.

Il était convenu que je m’arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c’est-à-dire celui où je décrocherai un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.

J’ai gardé ma chambre meublée. J’y suis retournée cet hiver écrire ce livre."                    Florence Aubenas.

Bienvenue dans le monde des précaires ! Florence Aubenas s’est insinuée ou infiltrée comme vous le préférez dans la peau d’une femme qui n’a pas d’expérience professionnelle, vingt-ans de vie de femme au foyer, pas de voiture… En ces temps de crise, trouver un travail est un vrai parcours du combattant. Ce livre nous immerge donc, dans le travail de sans-grade de la France « des gens de peu » et ce que l’on découvre, c’est effectivement la course à l’emploi même à des kilomètres de chez soi pour le minimum de salaire mais aussi la solidarité entre les travailleurs (oui, oui, ça existe !). Point de misérabilisme ici, on se surprend à sourire de situations cocasses. Mon seul regret est que Florence Aubenas n’a pas été au-delà de l’objectif qu’elle s’était fixé, c’est-à-dire, arrêter son rôle de précaire quand elle obtiendrait un CDI. J’aurai bien aimé qu’elle approfondisse son étude et savoir quelle répercussion a généré cette révélation auprès de « ses collègues » et, elle, Florence, qu'a-t-elle tirée de cette expérience ? Comment a-t-elle écrit ce livre, tenait-elle son journal de bord ?

CAZEILS, Nelson/Cinq siècles de pêche à la morue, terre-neuvas et islandais

Ed. Ouest-France, 1997

Pendant plusieurs siècles, la pêche à la morue a tenu une place essentielle dans l'économie de plusieurs régions de notre littoral. Chaque année, en février ou en mars, des milliers de pêcheurs partaient en direction de Terre-Neuve ou de l'Islande pour de longues campagnes, vers les mers froides et dangereuses, où la menace de mort était permanente. À bord des morutiers ou sur les « graves » de Terre-Neuve, les cadences de travail étaient infernales et la vie quotidienne des plus pénibles. En dépit de ces souffrances et malgré les successions de désastres, armateurs et capitaines n'avaient aucune difficulté à recruter des équipages. Parce que la motivation des matelots, dont beaucoup étaient des ruraux, était simple : il s'agissait ni plus ni moins que d'échapper à la misère.  Abondamment  illustré ce livre nous fait découvrir les ports morutiers français d’où partaient les terre-neuvas, la vie très rude de ses pêcheurs et retrace une époque à jamais disparue.

DUBOIS, Jean-Paul/L’Amérique m’inquiète T.1

Seuil, 2009 (Points)
1ère éd. 1996

 Comment se porte l’Amérique ? À quoi rêve-t-elle ? Jean-Paul Dubois croque, au fil de ses voyages, la vie quotidienne de cet étrange pays continent : ici un magasin spécialisé dans la vente de lunettes pour chiens, là une strip-teaseuse qui déclare ses prothèses mammaires comme outil de travail, là encore un combat de gladiateurs modernes ! L’Amérique des possibles fait parfois froid dans le dos… Ce livre regroupe une série d’articles de Jean-Paul Dubois - spécialiste des États-Unis - parus dans le Nouvel Observateur.

Jusque-là tout allait bien en Amérique T.2

Seuil, 2009 (Points) 1ère éd. 2002

 Suite des chroniques de la vie américaine. Un directeur de prison distribue des caleçons roses aux détenus, des rebelles squattent un bout de désert tandis qu'un agent immobilier vend des parcelles de Lune au public, des bourreaux racontent leurs exécutions, un pasteur propose l'enfer en tableaux vivants, un homme invente l'autopsie en self-service... Portrait d'une société dans laquelle cohabitent tous les excès, se répandent toutes les fièvres morales et raciales, ce livre est le roman vrai de l'Amérique. Une Amérique qui sait, depuis le 11 septembre 2001, qu'elle est aussi mortelle.

ERNAUX, Annie/ Regarde les lumières mon amour

Gallimard, 2016 (Folio)

Auriez-vous l’idée d’écrire un livre dont le thème serait un hypermarché ? Annie Ernaux l’a fait et avec talent ! « Pour raconter la vie, la nôtre, aujourd’hui, c’est donc sans hésiter que j’ai choisi comme objet les hypermarchés. » Elle a tenu une sorte de journal de bord où elle consignait ses observations, ses sensations et émotions. Pour ceux qui ne le savent pas, l’auteur habite à Cergy dans le Val d’Oise et fait ses courses – mais pas que - à l’hypermarché Auchan dans le centre commercial Les Trois Fontaines. Pendant trois années elle a parcouru les trois niveaux de ce grand centre et observé les gens tout d’abord, […]« Or, quand on y songe, il n’y a d’espace, public ou privé, où évoluent et se côtoient autant d’individus différents : par l’âge, les revenus, la culture, l’origine géographique ou ethnique, le look […] » mais aussi ce que contenaient les différents magasins. De plus elle nous fait part des changements qui s’opèrent : disparitions du Le Troquet, le seul café, le cinéma Les Tritons et la librairie Le Temps de vivre. Ce récit très court m’a d’autant passionné que je connaissais très bien Les Trois Fontaines pour avoir, moi aussi, pendant de nombreuses années arpenté ses différents espaces ! 

GUERRIN, Michel/ Profession photoreporter : vingt ans d’images d’actualité

Centre G. Pompidou : Gallimard, 1988
(Au vif du sujet)

La guerre du Vietnam et Stéphanie de Monaco, la famine au Sahel et les Jeux Olympiques : ces images qui font la « une » des quotidiens et des magazines, ont une histoire cachée, celle des photographes qui fixent pour demain les événements d’aujourd’hui. Cet ouvrage nous révèle  en trois cent photos et couvertures de magazines analysées et commentées avec un regard aigu vingt ans d’images d’actualité.

PESKOV, Vassili/ Ermites dans la Taïga

Actes Sud, 1995
trad. du russe
par Yves Gauthier

Une famille de vieux-croyants démunis à l’extrême, subsistant dans une cabane misérable, en pleine taïga, coupés de la civilisation depuis… 1938 : telle est l’incroyable réalité décrite par Vassili Peskov, qui raconte ici avec passion et minutie l’aventure des ermites de notre temps, puis les vains efforts de la plus jeune d’entre eux, Agafia, pour se réadapter au monde. Nouvelle version du mythe de Robinson, manuel de survie dans la taïga, histoire de femme aussi, ce livre riche et multiple a rencontré lors de sa parution chez Actes Sud en 1992 un succès qui ne s’est jamais démenti. Et Agafia, sa magnifique héroïne, vit toujours, loin du " siècle ", dans la sauvage solitude de la taïga.

Des nouvelles d’Agafia, ermite dans la Taïga

Actes Sud, 2013
trad. du russe
par Yves Gauthier

 

Née en 1945 dans la forêt sibérienne, Agafia est la dernière survivante de la famille Lykov, retirée depuis 1928 dans la taïga pour une incroyable robinsonnade d’un demi-siècle, puis « découverte » en 1978 par un groupe de géologues. Vassili Peskov révéla cette aventure dans le livre Ermites dans la taïga, qui s’achevait sur le désir d’Agafia de continuer à vivre solitaire et en autarcie. Par la suite, de nombreux lecteurs se sont interrogés sur le destin de cette femme courageuse qui avait choisi de ne pas revenir à la civilisation.

Dans ce récit, basé sur des voyages effectués de 1992 à 2008, on voit l’héroïne évoluer au fil des ans malgré elle, en raison notamment de l’involontaire notoriété que lui a apportée le livre de Peskov. Tandis que son amitié perdure avec Erofeï, de nouveaux candidats à la vie érémitique dans des conditions primitives et difficiles rejoignent Agafia, dont Sergeï, artiste peintre, et l’étonnante Nadia, venue elle aussi se perdre au fin fond de la Sibérie.

À la fois récit de vie d’une femme hors du commun et documentaire, cet ouvrage évoque dans leur absolue nécessité des notions comme la puissance de la foi et la relativité de la civilisation.

HIRIGOYEN, Marie-France/ Le Harcèlement moral

Ed. La Découverte & Syros, 1998

II est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral. Dans ce livre nourri de nombreux témoignages, l'auteur analyse la spécificité de la relation perverse et met en garde contre toute tentative de banalisation. Elle nous montre qu'un même processus mortifère est à l'œuvre, qu'il s'agisse d'un couple, d'une famille ou d'une entreprise, entraînant les victimes dans une spirale dépressive, voire suicidaire. Ces violences insidieuses découlent d'une même volonté de se débarrasser de quelqu'un sans se salir les mains. Dans ces temps où le monde du travail devient impitoyable, ce livre est salvateur et décrypte très bien ce qui n’avait pas de nom il y a une trentaine d’années ! Marie-France Hirigoyen est à l’origine de la création du concept de harcèlement moral. 

LAGIER, Rosine/ La famille en France

Ed. Ouest France, 2004
( Il y un siècle…)

Savez-vous que les robes de mariée des XVIIe et XVIIIe siècles étaient noires ou de couleurs vives ? Savez-vous qu’il était formellement interdit de se marier un vendredi, que l’on évitait les jours de carême et le mois de mai ? Cet ouvrage comporte plus de 300 photos et illustrations. 

OLIVIER, Christine/ Filles d'Eve : La relation mère-fille

Denoël, 2000 (Médiations)
1ère éd. en 1990 sous le titre
Filles d'Ève : psychologie et sexualité féminine

 «J'ai voulu dans ce livre étudier la femme dans son aspect le plus connu, celui de son Inconscient. Enfance, adolescence, amour, maternité, sont expliqués ici en fonction des conflits constitués dans la première enfance au cours du long face à face mère-fille.

Pour la nouvelle édition, je n'ai pas souhaité adjoindre le point de vue gynécologique qui paraissait déjà en partie dépassé tandis que l'inconscient féminin continue à faire mystère pour tous. La charge du psychanalyste n'est-elle pas de lever le mystère ? Ici chaque femme, quel que soit son âge, lira son histoire d'aujourd'hui, d'hier ou de demain.»

Christiane Olivier.

OKUEFUNA, David/ Albert Kahn : Le monde en couleurs : autochromes 1908-1931

Chêne, 2008

Le millionnaire Albert Kahn, pacifiste et humaniste convaincu – il connut l’annexion de l’Alsace Lorraine par le Kayser -  devient le mécène de photographes professionnels qu’il envoie à travers les cinq continents pour aider à mieux comprendre les peuples, afin qu’advienne la paix universelle. Au même moment les Frères Lumières viennent de mettre au point un nouveau procédé photographique l’autochrome. Désormais, le monde peut se voir en couleurs. Cet ouvrage réalisé par David Okuefuna contient quelques 376 photographies magnifiques qui font partie de l’immense collection (72 000 autochromes) de l’entreprise qu’Albert Kahn baptisa Archives de la Planète. 

 

TESSON, Sylvain/Sur les chemins noirs

Gallimard, 2016

« Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. » […] Sylvain Tesson.

Ni vraiment un essai sur la ruralité d’aujourd’hui, ni récit de voyage à proprement parler, ce livre, Sur les Chemins noirs, est une sorte de pamphlet sur la société moderne, qui ne peut couvrir tout le territoire du « réseau internet à haut débit ». Au gré des pages on chemine avec le marcheur, sur les « chemins de traverse »,  - du Mercantour au Cotentin - il nous conte ce qu’il voit et ressent, pense «  Je montai à pas faibles vers le col. Des graminées blondes balayaient l’air du soir. Ces révérences étaient une première vision d’amitié, de beauté pure. »  « Le rapport était rassurant, les auteurs étaient de confiants prophètes : « Courage, citoyens campagnards ! nous arrivons. » Bientôt grâce à l’État, la modernité ruissellerait dans les jachères. Le wi-fi ramènerait les bouseux à la norme ». « Aujourd’hui, le long du fleuve filaient des routes asphaltées, le TGV et l’A7. Des joggeurs à oreillettes enfoncées à la gorge me saluèrent et je devinai le panache de fumée des installations nucléaires de Pierrelatte ». Cette lecture est plaisante, car empreinte de poésie, de drôlerie grâce à ce ton décalé qui nous met le sourire aux lèvres.