LEPAGE, Emmanuel/ Voyage aux îles de la Désolation

Futuropolis, 2011

 « Enfant, je me perdais dans la contemplation des cartes que mes parents avaient judicieusement placées. » Emmanuel Lepage nous convie à découvrir son voyage aux îles de la Désolation dans les terres australes et antarctiques françaises (TAAF) qu’il fit en 2010, en s’embarquant sur le cargo ravitailleur le Marion Dufresne. Ses dessins en noir et blanc côtoient les couleurs les plus flamboyantes pour nous plonger au cœur de son voyage. Les préparatifs et le départ perturbé par une grève, la vie à bord avec ce microcosme dans l’intimité des uns et des autres qu’il croque,  la fébrilité à l’approche des îles… Emmanuel Lepage ne cesse de dessiner pour essayer de rendre au plus justes ses impressions, mais parfois, il l’avoue, il peine à rendre ce qu’il voit et fait acte d’humilité devant ces décors grandioses. Mais qu’il se rassure, ses dessins sont magnifiques et à notre tour nous faisons un très beau voyage. Ce livre nous raconte aussi la dure vie de ces scientifiques qui partent en mission pour plusieurs mois vers ces îles du bout du monde.   

Un printemps à Tchernobyl

Futuropolis, 2012

 

26 avril 1986. À Tchernobyl, le cœur du réacteur de la centrale nucléaire commence à fondre. Un nuage chargé de radio nucléides parcourt des milliers de kilomètres. Sans que personne ne le sache… Et ne s’en protège. C’est la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Qui fera des dizaines de milliers de victimes. À cette époque, Emmanuel Lepage a 19 ans. Il regarde et écoute, incrédule, les informations à la télévision.

Vingt-deux ans plus tard, en avril 2008, il se rend à Tchernobyl pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, à la demande de l’association les Dessin’acteurs, association d’artistes militants, Emmanuel a le sentiment de défier la mort. Quand il se retrouve dans le train qui le mène en Ukraine, où est située l’ancienne centrale, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ?

Dans le titre déjà, il y a comme une anomalie : associer les mots printemps et Tchernobyl. Car vingt-deux ans après la catastrophe, la nature a repris ses droits….le danger n’a pas d’odeur, il est insidieux et c’est ce que nous découvrons dans cette bande dessinée où le talent d’Emmanuel Lepage fait mouche encore une fois sur un sujet tragique !

LOISEL, Régis , Jean-Louis TRIPP/ Magasin général T.1 Marie

Casterman, 2006-2014 Série en 9 volumes

 L’histoire de Magasin général se déroule dans un village du Québec rural à partir du début des années 20. Elle gravite autour d’un personnage féminin, Marie, veuve avant l’heure et héritière du principal commerce local - le Magasin général qui donne son titre au récit - que l’irruption d’un étranger dans la petite communauté va progressivement réconcilier avec le bonheur ; bonheur d’aimer, bonheur d’être aimé(e), mais pas exactement de la manière que l’on pourrait imaginer…

Les auteurs ont demandé à Jimmy Beaulieu, auteur montréalais, d’adapter le parler joual* qui satisfasse les lecteurs des deux côtés de l’Atlantique. Les dessins, les couleurs restituent magnifiquement la vie et les paysages de la Belle Province. Cette série, est sans conteste, une réussite.

*Français populaire canadien, marqué par des écarts phonétiques, lexicaux et anglicismes.

LUPANO, Wilfrid ; CAUUET, Paul/ Les Vieux fourneaux, T.1 Ceux qui restent

Dargaud, 2014

Antoine, Mimile et Pierrot : moyenne d’âge 80 ans ! Antoine vient de perdre sa femme Lucette et ses deux amis de toujours viennent le soutenir dans son deuil. Au lendemain du passage chez le notaire, Antoine prend son fusil et s’en va en Toscane pour faire la peau au directeur d’une usine pharmaceutique où les trois compères ont travaillé pendant quatre décennies en menant leurs luttes syndicales. Ils embarquent avec eux la petite-fille de Lucette, enceinte de sept mois et qui fait office de chauffeur. Ils veulent à tout prix éviter qu’Antoine ne commette l’irréparable. Road movie trépidant et tendre à la fois, humour décapant : Le grand-père s’adressant à sa petite fille « Tu penses à quoi Sophie ? » « A rien » « Ne prend pas ton grand-père pour une bille, t’as l’œil qui frise » « Je pense que pour des vieux flibustiers, vous avez de beaux restes ! »

MURAT, Thierry/ Les larmes de l’assassin

Futuropolis, 2001

Sud extrême du Chili. C’est là que vit Paolo, dans une ferme misérable et isolée, livré à lui-même, plus ou moins abandonné par des parents qui ne s’occupent pas de lui. Si petit, si naïf, quel âge a-t-il ? Il ne le sait. Un jour, un homme arrive jusqu’à la ferme. C’est Angel Allegria, un truand, un assassin. Le crime est monnaie courante pour lui, pour régler tout type de conflit… Il tue les parents de Paolo pour mettre fin à deux semaines d’errance et s’approprier leur petite bicoque, refuge idéal pour un homme traqué par la police. Il n’a jamais tué d’enfant, alors il épargne Paolo (pourquoi ? Sursaut d’humanisme ?) Paradoxalement, une relation d’affection naît entre lui et l’enfant. Ils s’apprivoisent. Un an plus tard, un autre voyageur arrive. Luis Secunda, 30 ans, fuyant Valparaiso et sa riche famille, s’installe d’abord à côté dans une cahute qu’il construit, puis l’hiver venu, emménage avec eux dans la ferme. Il apprend à Paolo à lire. Angel n’aime pas cela du tout. Le fragile équilibre affectif entre lui et Paolo est en péril… Cette histoire librement adaptée du roman de Anne-Laure Bondoux (2003) est servie par de belles planches au ton monochrome et au style minimaliste