5. juil., 2016

LE LIVRE, LA LECTURE ET LA BIBLIOTHEQUE

 

mg. Bibliothèque Monique Corriveau
Sainte-Foy, Québec

C’est toujours avec bonheur que je franchis le seuil d’une bibliothèque. Ma curiosité est aiguisée. Je me demande toujours ce que je vais trouver sur les rayonnages : un livre dont la couverture attire mon regard ? Inévitablement ma main va s’en saisir, feuilleter les pages, glaner quelques phrases par-ci, par-là pour avoir un aperçu du contenu, ou bien un auteur que je ne connais pas, un magnifique ouvrage sur la photographie, un roman, une biographie… ? Quel rapport avons-nous avec le livre et son prolongement, la bibliothèque ? C’est très subjectif et c’est une affaire très personnelle me direz-vous, vous avez raison. La lecture est une activité solitaire la plupart du temps. Le lecteur entre dans une phase hors du temps, il se déconnecte de son environnement pour mieux s’immerger dans le texte. Au fur et à mesure de la lecture - surtout quand il s’agit d’un roman - sans que l’on s’en aperçoive, notre imagination sollicitée, créé des images dans notre esprit où les personnages, les paysages prennent vie et c’est tout simplement magique et magnifique (enfin, c’est selon l’histoire, car parfois c’est l’horreur !).

Quand j’étais petite (dans les années cinquante), bien qu’étant en région parisienne, les bibliothèques publiques étaient rares. Quelques Bibliothèques pour tous - créées en 1936 – et gérées uniquement par des bénévoles étaient accueillies - bien souvent - au sein d’une petite pièce de la mairie. Elles sont les héritières directes des bibliothèques paroissiales et sont aujourd’hui reconnues d’utilité publique, régies par la loi de 1901. Les bénévoles suivent des formations de base pour gérer au mieux leur petite structure.

Nous recevions les livres en cadeau ou nous les puisions dans la bibliothèque familiale. Il y avait aussi les magazines comme Tintin, tout le monde dans la famille voulait le lire. Dès l’arrivée du journalTintin, l’impatience était à son comble et nous usions de subterfuges : le glissions sous les coussins du canapé ou le cachions dans un buffet remisé à la cave, toutes les cachettes étaient possibles ! Gare à celle ou celui qui se faisait prendre en flagrant délit de détournement de Tintin ! Que de soirées à lire sous les draps, lampe de poche en main, une aventure que l’on ne pouvait pas « lâcher » après le fatidique « Éteignez la lumière, il est temps de dormir ! » Allez ! Vous aussi vous l’avez fait ? Non ! ? Que celle ou celui qui n’a jamais lu sous les draps malgré le couvre-feu me jette le premier livre !

Dans les années quatre-vingt, certains élus ont courageusement milité et impulsé la création de bibliothèques publiques dignes de ce nom (et soit dit en passant, rattraper le retard culturel par rapport aux pays anglo-saxons). Enfin ! L’essor des bibliothèques était palpable : constructions nouvelles, agrandissements de locaux déjà existants, créations de postes, formations professionnelles qualifiantes, budgets de fonctionnement conséquents… ont contribué à l’émergence d’un service public de qualité ou le mot culture prenait tout son sens. La bibliothèque devenait un lieu nécessaire au même titre que le cinéma, le stade ou la piscine municipale ou encore l’école de musique. Les bibliothèques sont devenues des médiathèques quand celles-ci ont proposé des fonds de documents sonores, puis petit à petit elles ont proposé des images et dans les années quatre-vingt-dix l’Internet est entré à son tour dans les bibliothèques, d’où la nouvelle dénomination médiathèque (cette nouvelle dénomination d’ailleurs a perturbé pas mal de monde et beaucoup utilisaient le terme bibliothèque/médiathèque en hésitant toujours un peu, en se demandant s’il était dans la bonne dénomination !).

Aujourd’hui, le choix de livres est abondant. Il faut trier le bon grain de l’ivraie, dans cette masse éditoriale internationale, car malgré tout, le livre reste relativement cher. Chez le libraire vous achetez un livre à 8 € (l’équivalent d’un livre de poche) et finalement vous êtes déçu de votre lecture alors queTélérama l’encensait par une critique dithyrambique (pas toujours d’accord avec eux dans un sens comme dans l’autre !), vous estimerez à juste titre que vous avez jeté en l’air vos 8 € et vous pesterez contre vous-mêmes. Et c’est justement là que les bibliothèques entrent en scène : on peut lire à moindres frais pour un abonnement annuel gratuit ou payant – très variable selon les villes et régions - et emprunter moult livres. Les bibliothèques sont des lieux publics conviviaux, ouverts à toutes et à tous sans restriction. On peut lire sur place, regarder une exposition sans débourser un centime d’euro.

Je me suis souvent demandé ce que serait un monde sans livre et sans bibliothèque ? Pour moi, c’est inimaginable, c’est comme un monde sans musique. Je suis consciente que cette remarque semble déplacée, quand certaines populations n’ont pas l’essentiel : un pays en paix, la nourriture, l’eau, un toit… et dont la préoccupation première est la survie. Les pays occidentaux ont compris l’enjeu formidable qu’est la culture : le livre est une ouverture sur le monde et les autres, un vecteur de savoir. Certains diront que le livre n’est pas indispensable dans la vie, on peut vivre sans, alors que vivre sans eau n’est pas possible. D’aucuns avancent qu’ils ne lisent pas en l’affirmant haut et fort, ils ont raison, c’est leur choix, mais en même temps, ceux qui le clament sont en général bien insérés dans la société, ils ne liront pas de « livres » mais des revues, la presse, feront de la musique, des arts plastiques que sais-je encore ? L’enjeu est ailleurs, pour d’autres publics dits « empêchés » : les illettrés, les migrants arrivant dans un pays, les prisonniers… Pour ces publics, le livre et la lecture peuvent être un moyen de s’intégrer et de trouver sa place dans la société, ce lien faisant sens entre personnes ou groupes de personnes.

Il m’est arrivé d’apercevoir un petit enfant de deux ans tenant un album à l’envers sans que cela ne le gêne le moins du monde et j’étais triste de le constater. Cet enfant n’avait manifestement jamais tenu de livre dans ses mains. Alors doucement, je lui demandais s’il voulait que je lui lise l’histoire, remettais le livre à l’endroit et commençais à raconter. Le sourire de cet enfant à la fin de l’histoire est encore un merveilleux souvenir. Cela paraît impensable pour le lecteur assidu, qu’un enfant ne soit pas en contact avec le livre et la lecture dès sa première layette. Malheureusement, oui, cela existe (je parle essentiellement pour les pays occidentaux) et c’est pour cela que le rôle des bibliothèques est primordial. Les enfants d’aujourd’hui ont la chance de pouvoir « rencontrer » le livre dans leur prime jeunesse par le biais de l’école, le centre aéré, la crèche et par extension, la bibliothèque lors de visite de groupes.

Avec l’arrivée des nouvelles technologies, la mort du livre était programmée, c’était sûr ! Eh bien non, le livre est toujours là et bien là. Ce dernier Noël, le livre était le cadeau le plus offert aux enfants âgés de 6 à 10 ans (d’après une enquête du Petit Quotidien du 23 janvier 2016). Ce petit sondage est plutôt une nouvelle rassurante. Nous sommes en juin 2016, et les fusions de communautés de communes ont débuté en janvier 2014. C’était une volonté de l’État pour fédérer les moyens. Les élus locaux n’ont eu de cesse de répéter à l’envi que cela allait être mieux qu’avant, les moyens tant pécuniaires qu’humains allaient s’en trouver augmentés pour le bien du service public et de l’usager. Malgré l’élargissement des territoires à couvrir, les budgets des structures n’ont pas augmenté (certains ont même baissé) et l’embauche de personnel stagne, les départs à la retraite non remplacés…

Pour terminer sur une pointe d’optimisme, je vous transmets ci-dessous un petit sondage qui montre malgré tout que le livre n’est pas près de disparaître. Le livre par ce qu’il transmet d’abord et en tant qu’objet ensuite, à encore une belle vie à vivre grâce à nous, lecteurs amoureux des livres !

Michèle Gautier

4 juin 2016


 

Selon un sondage IFOP paru dimanche 20 mars dans Ouest-France, la population française est de plus en plus attachée à la lecture :

Si 14 % des Français admettent ne jamais lire de livres, 32 % estiment lire entre 1 à 4 ouvrages par an et 23 % 5 à 9. La tendance est nettement à la hausse cette année : ils n'étaient que 36 % en 2006 à lire entre 1 et 9 livres par an, contre 55 % aujourd'hui.

Par Agathe Auproux, avec AFP, le 21.03.2016