Paroles de Poilus : lettres et carnets du front : 1914-1918

Radio-France : Librio, 1998
sous la dir. de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume

Témoignages exceptionnels, recueillis par Jean-Pierre Guéno auprès des 14 millions d'auditeurs de Radio France. Ces extraits de lettres, de journaux intimes et de récits autobiographiques sont authentiques, tendres et poignants ; ils illustrent notre mémoire collective et rendent à l'histoire sa dimension humaine. Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans. Se prénommaient Gaston, Louis, René. Ils étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, ouvriers ou bourgeois. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers... Voyageurs sans bagage, ils durent quitter leurs femmes et leurs enfants, revêtir l'uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés... Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures... « Quelle connerie la guerre » disait Jacques Prévert et il avait mille fois raisons…

 

Paroles du jour J : lettres et carnets du Débarquement, été 1944

recueillis par Jean-Pierre Guéno .- Le Mémorial de Caen : Librio, 2004

Confidences, dernières volontés, déclarations d’amour ou d’effroi…Chacun de ces textes reflète le besoin vital de laisser une trace en cas de disparition. Cela nous raconte le débarquement, ses préparatifs, et la bataille de Normandie. Que l’on soit, l’adversaire ou l’allié, militaire ou civil, se sont d’abord des hommes et des femmes, des enfants jetés en pleine tourmente. Ils écrivent dans l’action, dans la peur ou la joie. 

PENNAC, Daniel/ Chagrin d’école

Gallimard, 2007 (Blanche)

« Donc, j’étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en étais l’avant-dernier. (Champagne !) Fermé à l’arithmétique d’abord, aux mathématiques ensuite, profondément dysorthographique, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l’apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport, ni d’ailleurs aucune activité parascolaire. » Dans la lignée de Comme un roman, Chagrin d’école est donc un livre qui concerne l’école. Non pas l’école qui change dans la société qui change, mais, « au cœur de cet incessant bouleversement, sur ce qui ne change pas, justement, sur une permanence dont je n’entends jamais parler : la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs, l’interaction de ces chagrins d’école ». Daniel Pennac entremêle ainsi souvenirs autobiographiques et réflexions sur la pédagogie et les dysfonctionnements de l’institution scolaire, sur la douleur d’être cancre et la soif d’apprendre, sur le sentiment d’exclusion et l’amour de l’enseignement. Entre humour et tendresse, analyse critique et formules allant droit au but, il offre ici une brillante et savoureuse leçon d’intelligence. Ce Chagrin d’école s’impose déjà comme un livre indispensable.

Sur la 4ème de couverture, on peut voir un bulletin scolaire de Daniel Pennac et l’on découvre que celui-ci  était un mauvais élève, un « cancre » ! Si tous les cancres pouvaient se donner la main et espérer qu’un jour…non seulement qu’ils auraient leur BAC (le sésame pour des études supérieures) et plus si affinités ! Un livre qui donne de l’espoir et démontre « que tout n’est pas joué avant 6 ans ».

ROSNAY, Tatiana de/ Manderlay for ever

Albin Michel : Héloïse d’Ormesson, 2015

« J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock. Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments. Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’ Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes. Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme.Tatiana de Rosnay nous donne à lire une biographie qui se lit comme un roman. D’ailleurs, Daphné du Maurier nous apparaît comme une vraie héroïne de roman. La qualité de cette biographie tient à ce que l’auteur nous montre une Daphné au caractère bien trempé, une femme libre n’acceptant pas le compromis. L’auteur nous dévoile entre autres que Daphné du Maurier était bisexuelle d’où, peut-être le regret de n’être pas née garçon. Dès son enfance, elle s’inventa une double personnalité sous le nom d’Éric Avon. Piètre mère de famille tout au moins pendant la petite enfance de ses enfants – rien ne comptait plus que l’écriture – les contingences familiales, elle les laissait aux autres. En 1925, à 17 ans, Daphné veut aller étudier en France et mettre ses pas dans ceux de son grand-père Georges Du Maurier, alias Kiki. Elle devient pensionnaire à Meudon. Elle se fait difficilement à cette nouvelle vie : le rudiment de la chambre, le froid, les obligations de faire son lit, alors qu’elle ne l’a jamais fait de sa vie ! Cela l’insupporte tant qu’elle charme et amadoue une élève plus jeune dans la chambre voisine pour faire son lit chaque matin, en toute discrétion bien sûr ! Le bras droit de la directrice Melle Fernande Yvon, la trentaine, deviendra son premier amour qui se transformera en une solide amitié. On apprend également que la genèse de beaucoup de ses livres était puisée dans sa vie quotidienne et dans les paysages de Cornouilles qu’elle préférait, de loin, à la ville de Londres… Un jour, lors d’une promenade, elle aperçoit le manoir de Menabilly, abandonné et en très mauvais état, le parc envahi par la végétation. Elle fut fort impressionnée et subjuguée par ces lieux - tellement subjuguée qu'elle finira à défaut d'acheter la propriété, la louer pendant plus de vingt ans. De cette découverte, naîtra Manderley, le manoir du roman Rebecca. Cette vision de Menabilly, Daphné du Maurier la retranscrira magnifiquement dans le roman. Lecteur, si vous aimez les personnages « hauts en couleur » plongez-vous dans cette biographie.

SARTRE, Jean-Paul/ Les mots

Gallimard, 1972 (Folio)

Enfant solitaire élevé dans un monde d’adulte, Sartre nous raconte sa découverte de la lecture et de l’écriture. Dans ce roman, il nous dit sa passion de « lire » et « écrire ». Sartre est touchant quand il nous dévoile que vivant chez ses grands-parents maternels, il pensait que sa mère était sa sœur tant le « patriarche » était omniprésent dans la vie de sa mère. Les mots est le seul récit autobiographique de l’auteur.

SCHNEIDER, Helga/ Laisse-moi partir, mère

Pocket, 2004 trad. de l’italien par Pierre Emmanuel Dauzat 1ère éd. 2002

Au crépuscule de sa vie, une vieille femme reçoit sa fille à son chevet. Elles ne se sont pas vues depuis trente ans. Car cette vieillarde tantôt sénile, tantôt lucide qui s’éteint dans une maison de retraite en Autriche n’est pas une mère comme les autres. C’est un monstre. Un monstre qui, par conviction fanatique, a abandonné ses enfants en pleine guerre pour devenir, dans la SS, gardienne de camp de concentration. A-t-elle changé, cette femme qui a tué d’autres femmes, d’autres enfants, de ses propres mains ? A-t-elle du remord ? Alors qu’elle s’est juré de ne plus jamais la revoir, Helga Schneider se présente devant sa mère. Prisonnière de ses sentiments ambivalents, elle tombe dans le piège que lui tend son passé. Un récit véridique, brutal et hallucinant, qui marque l’émergence d’une nouvelle voix de la littérature italienne. Helga Schneider est née en Allemagne mais vit depuis très longtemps en Italie. 

TRISTAN, Flora/Les Périgrinations d’une paria

Actes Sud, 2004 1ère éd. 1837

 

Partie en quête des racines paternelles au Pérou, après avoir quitté un mari brutal, Flora Tristan restitue dans ce journal, paru en 1837, ses réflexions sur la société péruvienne post-coloniale et sur un jeune pays qui peine à se transformer en nation. Vivant, intelligent et coloré, son récit fait mieux que mobiliser les promesses de la littérature de voyage : remis entre les mains des victimes (les femmes, les Péruviens), auxquelles il désigne la voie de l'émancipation, il fixe la ligne d'un combat. Les autorités devaient brûler l'ouvrage sur la place publique de Lima, au lendemain de sa publication. Depuis, les Pérégrinations d'une paria sont un classique au Pérou.

ZORN, Fritz . – Mars

Gallimard, 1981 (Folio)

Fils d’une famille patricienne de Zurich, celui qui a écrit ce livre sous un pseudonyme fut ce qu’on appelle un enfant bien élevé. Dans la somptueuse villa, au bord du lac, régnait l’entente parfaite. Un certain ennui aussi […] Quand Zorn découvre qu’il est atteint d’un cancer, il pense aussitôt : « Naturellement. »

Ce livre, sorte de testament très noir et désespéré, est écrit par un jeune homme de 32 ans, qui n’a jamais connu l’amour et ne le connaîtra jamais. C’est un cri de révolte, de colère (zorn signifie colère en allemand) contre ses parents – qu’il accuse de lui avoir provoqué son cancer – dû à l’éducation ultra bourgeoise et en conformité au groupe social dont la famille est issue.

La première phrase du livre «  Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul. » (…).